‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 122 sur 261 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

par l'étendue et l'intensité des feux : l'armée anglo-hollandaise restait immobile.

Ces nouvelles lui donnèrent une extrême satisfaction. Il redoutait cependant encore de les trouver démenties par l'événement, quand, le jour ayant paru, il put aller s'assurer, de ses propres yeux, que Wellington attendait la bataille.

Ainsi, malgré tant d'hésitations, tant de lenteurs, après avoir rencontré les Prussiens isolés, il avait l'heureuse fortune de pouvoir frapper, loin d'eux, un coup décisif sur leurs alliés. Il avait prédit naguère, dans le Moniteur, que le général Wellington était « un présomptueux, un téméraire, un ignorant, destiné à essuyer de grandes catastrophes. » La prédiction, trop longtemps erronée, allait se réaliser enfin. II le pensait.

Nous avons « quatre-vingt-dix chances pour nous et pas dix contre, dit-il, à quelques instants de là, à ses généraux. » Telle était sa conviction, il l'a écrit; et le mot semble authentique.

Comptant, néanmoins, sur la forcede la position qu'il avait choisie et reconnue depuis longtemps, sur l'ardeur de ses troupes, sur la fermeté de ses vieux compagnons de la guerre péninsulaire, se reposant sur la parole de Bliicher, Wellington calculait, lui aussi, les chances de la rencontre qu'il aurait pu éviter et ne doutait pas du succès. Il écrivait à sir Charles Stuart (à Bruxelles) : « ...Les Prussiens seront de nouveau prêts à tout, ce matin... tout tournera à bien (ail will turn out well); » et, au duc de Berry : « J'espère et, de plus, j'ai toute raison de croire que tout ira bien (1). »

A la nouvelle, qui lui avait été expédiée, dans la nuit, de l'arrivée de l'armée anglo-hollandaise sur la position de Mont- Saint-Jean, Bliicher avait répondu, en effet, qu'il mettrait, dès l'aube du jour, une grande partie de ses forces en mouvement

(1) Ces deux lettres sont datées de Waterloo, le 18 juin, à trois heures du matin. Celle qui est adressée au duc de Berry est écrite en français. (The dispatches, etc., t. XII.)

dans cette direction et que le reste ne tarderait pas à suivre; et cette réponse, confirmant la promesse de la veille, venait de parvenir à Wellington, au moment où il manifestait une si entière confiance.

Vers six heures, la pluie avait cessé; mais le ciel restait très-couvert. L'armée anglo-hollandaise commença à prendre son ordre de bataille.

En partant de la ferme du Caillou, où se trouvait le quartier général de Napoléon, on rencontre trois rideaux de hauteurs dirigées uniformément du sud-ouest au nord-est. La chaussée de Bruxelles en coupe successivement les crêtes, vers la ferme de Rossomme, vers l'auberge de la Belle-Alliance et à cent cinquante ou deux cents mètres plus loin que la ferme de la Haie-Sainte.

La crête des hauteurs formant le dernier de ces rideaux, est la limite sud d'une vaste croupe qui s'étend, à l'ouest, jusqu'au-dessus de Merbe-Braine, hameau situé dans un vallon allongé du sud au nord; à l'est, jusques vers Ohain; au nord, jusqu'au hameau de Mont-Saint-Jean, où commence une pente de faible inclinaison qui descend au village de Waterloo, bâti à une lieue de la Haie-Sainte, dans une échancrure delà forêt de Soignes (1).

Cette croupe est ce qu'on appelle le plateau de Mont-Saint- Jean. A cinq ou six cents mètres et à l'ouest de la Haie-Sainte, un contre-fort, de peu de largeur, s'en détache et vient finir en s'abaissant régulièrement tout près de la chaussée de Bruxelles et de l'auberge de la Belle-Alliance. La ligne de partage des eaux du bassin de la Senne et de celui de la Dyle suit ce contre-fort. Deux vallons y prennent leur origine. L'un, s'ouvrant au sud-ouest, passe derrière le château de Goumont et dé-

(1) Depuis 1815, toute la partie de la forêt, qui entourait Waterloo a été défrichée. Maintenant, le bois n'existe plus à l'ouest de la chaussée de Bruxelles ; et, du côlé opposé, où il arrivait jusqu'à hauteur de Vert-Coucou, sa limite sud a reculé de trois quarts de lieue.

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