‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 130 sur 261 · CHAPITRE DOUZIÈME. 2S · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME. 2S

C'était la brigade Soye qui était venue se heurter à ce puissant obstacle.

Celle de Bauduin avait appuyé à gauche, tournant le bois, enlevé le petit verger, qui est dans le vallon de Merbe-Braine, atteint le côté ouest du château, s'était trouvée aussi arrêtée par des murs, et restait en prise au feu des créneaux et de l'artillerie du plateau, qui avait libre jeu sur elle.

De ce côté, les murs étaient à découvert; une demi-batterie de 12, amenée là, les aurait renversés en quelques instants, aurait fait la voie à l'assaut. L'idée n'en vint, paraît-il, à personne. Guilleminot, Jérôme Bonaparte, Reille lui-même laissèrent décimer, en vain , leurs bataillons par d'invisibles ennemis.

Quelques compagnies du 1er léger et une poignée de sapeurs du génie avaient poussé jusqu'à la porte nord du château; et, malgré la mitraille, la fusillade du plateau, ils l'avaient enfoncée. Mais cette audacieuse tentative avait échoué. Quelques braves en tête desquels marchait, une hache à la main, le souslieutenant Legros, avaient pénétré dans la cour. Tous y avaient trouvé la mort; et l'ouverture qu'ils venaient de pratiquer avait été barricadée sur-le-champ par leurs adversaires.

La division Guilleminot, ne pouvant avancer, ne voulant pas battre en retraite, était déjà bien ébranlée quand le bataillon de Brunswick, appelé par Wellington, accourut. Il était précédé de quatre compagnies de gardes anglaises.

Appuyées par cette réserve, les troupes qui avaient été chassées du bois, et s'étaient réfugiées dans le vallon en arrière du jardin et du grand verger adjacent, sortirent de leur retraite, rentrèrent en ligne; et Guilleminot fut repoussé jusqu'au milieu du bois.

Il était une heure.

Les tirailleurs étaient engagés sur toute la ligne jusque vis-à-vis de Papelotte. Ceux de l'ennemi avaient été repliés et se tenaient, maintenant, sur la pente du plateau.

L'artillerie tonnait à l'aile droite de l'armée française. Elle préparait l'attaque ordonnée, de ce côté.

Mais une bien grave nouvelle était parvenue, depuis quelques instants, à Napoléon.

L'attaque de Goumont venait de commencer. Il l'observait avec distraction, promenant sa lunette sur l'horizon en avant des hauteurs de Rossomme, lorsqu'il aperçut sur Chapelle- Saint-Lambert un corps de troupes. Chapelle-Saint-Lambert est un village à sept kilomètres, en ligne droite, par le nord-est de la ferme de Rossomme. Placé sur la direction même de Wavre à Smohain, il est séparé de ce dernier point par moins de quatre kilomètres et demi. A son pied, coule le ruisseau de Lasne dans un vallon étroit et d'abords très-difficiles, qui limite, à l'ouest, le plateau de la Dyle.

Il était de la plus haute importance de savoir promptement quel était ce corps qui se montrait si proche des deux armées en présence. Les divisions de Subervie et de Domon reçurent immédiatement l'ordre d'aller le reconnaître; et le général Bernard, aide de camp de Napoléon, fut expédié en avant avec quelques cavaliers afin d'avoir encore plus vite des nouvelles précises.

Napoléon a dit qu'il eut l'espoir que les troupes qui paraissaient sur Chapelle-Saint-Lambert étaient un détachement de Grouchy. Cela est possible, mais fort peu probable.

Depuis le moment où il s'était séparé de ce maréchal, il en avait reçu deux dépêches, datées toutes les deux de Gembloux, l'une de dix heures du soir le 17, l'autre de deux heures du matin le 18.

On a lu la première (1).

Grouchy y exposait ses incertitudes sur la direction prise par l'armée prussienne : il ne savait si elle se retirait par Wavre ou par Perwez (village tout près de la voie romaine);

(t) Voir pages 221-222.

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