‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 13 sur 261 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

Les régiments d'infanterie et de cavalerie durent compléter immédiatement le cadre de leur quatrième bataillon et de leur cinquième escadron, qui ne comprenait que des officiers; et il fut créé, dans chaque régiment, un nouveau cadre, en officiers seulement, qui devait à son tour être complété en sous-officiers, etc., quand le ministre de la guerre l'ordonnerait.

En attendant l'arrivée des soldats rappelés, il fut prescrit de former, avec tous les hommes disponibles, dans chaque régiment d'infanterie, deux bataillons, dans chaque régiment de cavalerie, trois escadrons, qui, disait le décret, évitant de parler de bataillons et d'escadrons de guerre, seraient seuls mis, jusqu'à nouvel ordre, en activité de service.

Quelques jours plus tard, Napoléon rendit à tous les régiments les numéros qu'ils avaient portés pendant vingt-cinq ans de guerre, illustrés même aux jours de nos malheurs.

Le 13 avril, le ministre de la guerre fit appel aux militaires en retraite et en réforme qui voudraient reprendre du service dans des bataillons et des compagnies d'artillerie spécialement organisés pour les recevoir.

Le même jour, fut décrétée la formation successive de quatre bataillons de gendarmerie à pied, dits bataillons de réserve, lesquels devaient être formés avec les anciens gendarmes qui demanderaient du service. Le train d'artillerie fut porté à huit escadrons; celui des équipages à huit bataillons.

Le 23 avril, un décret prescrivit le rétablissement des compagnies de canonniers gardes-côtes et en fixa le nombre à soixante, dont dix sédentaires.

Dans les premiers jours de mai, on commença l'organisation de vingt régiments de matelots.

Enfin, un mois après, les ordres partirent de Paris pour la levée, mais non encore dans tous les départements, des conscrits de 1815, et, parmi eux, « de ceux-là seulement qui, lors de l'appel fait sur cette classe, avaient été désignés pour marcher et avaient figuré sur les contrôles de départ. »

2i WATERLOO.

Le ministre fixait, pour terme extrême, aux opérations des conseils de révision, le 15 juin.

Créer des cadres, leur donner des officiers était chose facile, car les officiers de tous grades, de toutes armes, étaient fort nombreux et n'attendaient qu'une lettre ministérielle pour aller rejoindre les corps qui leur seraient assignés. Mais, ces cadres, il fallait les remplir et les remplir sans délai, de sousofficiers, de soldats; et c'était là que Napoléon devait échouer, faute de suffisante activité, faute d'exciter l'enthousiasme patriotique de la nation, faute d'imprimer à l'administration un mouvement assez énergique.

Le rappel des anciens militaires, qui aurait dû ramener dans les régiments de toutes armes, deux cent cinquante mille hommes, n'en ramena guère que soixante mille, y compris même ceux qui avaient obéi à l'ordonnance royale du 9 mars. En Champagne, Lorraine, Alsace, Franche-Comté, Bourgogne, Dauphiné, à Paris et aux environs, il donna généralement de bons et rapides résultats; mais au midi, à l'ouest, au nord, il n'en fut malheureusement pas ainsi.

Dans le département des Bouches-du-Rhône, par exemple, sur 5,283 militaires rappelés, 1 57 seulement étaient partis, le 9 juin. Dans celui de Vaucluse, sur 2,500, 485 avaient été mis en route au 5 juin; et la plupart avaient déserté avant d'arriver à leurs corps. Dans le Tarn-et-Garonne, au 3 juin, sur 1,000, 100 à peine s'étaient présentés (1). Là où les autorités militaires et civiles disposaient de forces suffisantes, on organisa des colonnes mobiles pour ramasser les déserteurs et les hommes de mauvaise volonté; mais on n'obtint que de faibles résultats. Dans le Nord, une division tout entière fractionnée en colonnes mobiles, put à peine, en quinze jours de courses, saisir une centaine de réfraclaires. Grâce à la connivence

(1) Lettres adressées à l'empereur par ses otliciers d'ordonnance de Lannoy et Planât.

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