CHAPITRE DEUXIEME
des habitants , les réfractaires échappaient à la contrainte.
Louis XV11I, au moment de se réfugier en Belgique, avait promulgué une ordonnance qui licenciait l'armée et défendait de fournir aucun servicemilitaire à Napoléon. Le parti royaliste, en trop grande partie fidèle à une détestable tradition, s'efforçait d'assurer l'exécution des ordres du roi ; et, sur bien des points, il y réussissait, aidé qu'il était par la mollesse, l'inertie de la plupart des fonctionnaires de l'Empire.
Napoléon, mêlant aux principes libéraux inscrits dans Y acte additionnel les vieilles pratiques du despotisme, créa, dans la plupart des divisions militaires, des commissions(l) auxquelles il attribua le droit d'arrêter, de placer sous la surveillance de la police et d'exiler hors de leurs départements les individus suspects. Mais les mesures exceptionnelles prises à la suite de ces décrets impériaux aigrirent les esprits et n'arrêtèrent pas les manœuvres des royalistes. Elles frappèrent même parfois d'excellents patriotes.
Les enrôlements volontaires produisirent une dizaine de mille hommes.
Les militaires en réforme et en retraite montrèrent beaucoup d'ardeur à répondre à l'appel qui leur fut fait; et l'on n'a pas exagéré en portant à 25,000 le nombre de ceux qui reprirent les armes (2).
(1) Ces commissions se composaient du commandant de la division, du préfet et du procureur impérial de la ville chef-lieu de la division.
(2) Dans l'exposé de la situation militaire de la France au 10 juin, présenté aux chambres, le 13 du même mois, Carnot fixe ce nombre à 35,000. Cela est impossible, car aucun bataillon, ou à peu près, n'atteignit 500 hommes. Du reste, cet exposé, destiné à être rendu public, à tromper l'étranger sur l'état de l'opinion publique, sur le concours donné à Napoléon, sur nos forces, fourmille d'inexactitudes.
Nous en citerons quelques exemples. Il porte à 175,000 hommes seulement l'effectif général de l'armée, au 20 mars, tandis que cet effectif dépassait 220,000 hommes. Il fait figurer 25,000 anciens militaires deux fois : dans les gardes nationales actives et dans l'effectif de l'armée de
Il fui à peu près impossible d'organiser les compagnies de canonniers gardes-côtes sur le littoral du Midi ; cependant, l'effectif général s'éleva de quatre à cinq mille.
Pour utiliser les volontaires, les anciens soldats étrangers restés en France après la paix ou venus depuis le retour de l'île d'Elbe, on créa les cadres de deux régiments de cavalerie à trois escadrons (Polonais, Belges) et ceux de sept régiments d'infanterie à deux bataillons (Piémontais, Suisses, Polonais, Allemands, Belges, Espagnols, Irlandais). Mais les enrôlements n'atteignirent pas le chiffre de quatre mille.
Le rappel des anciens matelots produisit une vingtaine de mille hommes à peine.
Napoléon n'aimait pas la garde nationale, institution de liberté, non de despotisme. Il y avait eu recours, cependant, quand étaient venus les plus mauvais jours, en 1815. Mais il en avait faussé l'institution, comme il avait dénaturé, quand il ne les avait pas détruites, toutes les institutions de la Révolution. Du reste, la réorganisation de 1815 avait été partielle, très-incomplète. Sous le gouvernement royal, elle s'était considérablement développée ; et, dans le premier élan du 20 mars, elle s'était presque généralisée, du moins dans les villes.
Mais elle ne présentait qu'une force sédentaire; il fallait en tirer une force mobile.
Un décret du 10 avril vint pourvoir à cette nécessité. Le 10 avril, c'étaient bien des jours perdus!
La population mâle du pays, de vingt à soixante ans, dut être répartie en 5,151 bataillons qui présenteraient un effectif de 2,254,520 gardes nationaux, chaque bataillon étant fort de 720 hommes, répartis en six compagnies, chacune de
ligne. H diminue le nombre des régiments d'infanterie et de cavalerie existant au 20 mars. Il porte la jeune garde à 20,000 hommes ; et une situation générale de ce corps, datée du 16 juin et signée par le chef d'état major Dériol, ne lui en donne que 9,787, y compris les officiers et les absents.