CHAPITRE DOUZIEME
et il disait qu'il marcherait sur l'un ou l'autre de ces points, suivant les rapports qui lui parviendraient.
Dans sa seconde de'pêche, il annonçait qu'il se porterait sur Sart-lez-Walhain, sans ajouter quelle direction il prendrait quand il y serait arrivé.
Sart-lez-Walhain se trouve à une lieue à l'est du chemin direct de Gembloux à Wavre, et à une demi-lieue au nord de la voie romaine. Le choix de ce point intermédiaire indiquait que les incertitudes du maréchal n'avaient pas cessé.
Ces deux dépêches étaient parvenues au quartier général impérial à deux heures, et à cinq ou six heures du matin.
Napoléon n'y avait répondu qu'à dix heures, par cette lettre, signée du major général Soult :
« L'empereur a reçu votre dernier rapport daté de Gembloux. Vous ne parlez à Sa Majesté que de deux colonnes prussiennes qui ont passé à Sauvenière et à Sart-lez-Walhain ; cependant, des rapports disent qu'une troisième colonne, qui était assez forte, a passé à Géry et à Gentinnes, se dirigeant sur Wavre.
» L'empereur me charge de vous dire qu'en ce moment Sa Majesté va faire attaquer l'armée anglaise, qui a pris position à Waterloo, près de la forêt de Soignes; ainsi, Sa Majesté désire que vous dirigiez vos mouvements sur Wavre , afin de vous rapprocher de nous, vous mettre en rapport d'opérations, poussant devant vous les corps de l'armée prussienne qui ont pris cette direction, et qui auraient pu s'arrêter à Wavre , où vous devez arriver le plus tôt possible. Vous ferez suivre les colonnes ennemies qui ont pris sur votre droite par quelques corps légers, afin d'observer leurs mouvements et de ramasser leurs traînards... Ne négligez pas de lier vos communications avec nous. »
Écrite à dix heures, celle lettre, contenant le premier ordre donné à Grouchy de marcher sur Wavre, n'avait pu avoir
encore aucune influencesur ses mouvements (1). D'autre part, sa dépêche de deux heures du matin, apprenant qu'il se porterait de Gembloux sur Sart-lez-Walhain, ne donnait pas à croire qu'àonzeheures et demie ou midi, un de ses détachements pût être arrivé à Chapelle-Saint-Lambert. Il y a, en effet, de Gembloux à Sart-lez-Walhain, une lieue et demie en ligne droite, et, de ce dernier point, à Chapelle-Saint-Lambert, trois fois autant en ligne droite aussi, ce qui donne près de huit lieues par toutes les traverses à suivre; et la pluie avait défoncé les chemins; et tout le terrain est très-difficile, très-coupé, rempli de défilés. Napoléon ne l'ignorait certainement pas.
L'espoir qu'il a dit avoir conçu, en apercevant un corps de troupes sur Chapelle-Saint-Lambert, est donc, nous le répétons, fort peu probable.
Mais, si cet espoir exista, il ne dura pas longtemps.
L'aide de camp Bernard, après avoir galopé dans la direction de Chapelle-Saint-Lambert, avait mis pied à terre, et, se couvrant des bois et des haies, s'était assez approché des bords du ruisseau de Lasne, pour avoir pu parfaitement distinguer une ligne de tirailleurs sortant du vallon dans la direction de Plancenoit. C'était de l'infanterie prussienne. Revenu rapidement près de Napoléon, Bernard lui avait appris cette fâcheuse découverte.
Mais quelle était la force de l'ennemi qui venait se jeter ainsi au travers des combinaisons du général français? Les troupes qui paraissaient sur Saint -Lambert formaient-elles l'avant-garde d'un corps considérable? étaient-elles seulement un détachement séparé de l'armée prussienne dans le tumulte
(i) Les deux relations de Sainte-Hélène affirment que d'autres ordres furent expédiés, dans la nuit, prescrivant au maréchal de marcher sur Wavre, et même de faire occuper Chapelle-Saint-Lambert.Ces ordres sont de pure invention; nous le prouverons plus tard. La lettreque nous venons de citer est déjà une preuve de ce que nous disons; car elle ne rappelle aucun ordre qui l'aurait précédée, n'y fait pas même la plus lointaine allusion.