CHAPITRE DOUZIEME
de la retraite, et cherchant à rallier l'armée anglo-hollandaise?
Napoléon avait bientôt su une partie de la vérité.
Un officier de chasseurs lui avait amené un hussard prussien qui venait d'être fait prisonnier par un parti de cavalerie battant l'estrade vers le vallon de Lasne. « Ce hussard était porteur d'une lettre; il était fort intelligent, et avait donné tous les renseignements désirables. La colonne qu'on apercevait sur Saint-Lambert était l'avant-garde du corps de Bùlovv, qui arrivait avec trente mille hommes, et n'avait pas donné à Ligny. La lettre était l'annonce de l'arrivée de ce corps. Biilow demandait des ordres à Wellington. Le hussard avait dit qu'il avait été, le matin, à Wavre; que les trois autres corps de l'armée prussienne y étaient campés; qu'ils y avaient passé la nuit du i 7 au 18 et n'avaient aucun Français devant eux (1). »
L'intervention, si imprévue pour Napoléon, et si prochaine de trente mille Prussiens sur le champ de bataille où les Français avaient déjà en face des forces égales aux leurs, était un incident bien grave; et la gravité en était augmentée par la nouvelle, non moins imprévue, pour Napoléon, de la réunion sur Wavre de tout le reste de l'armée prussienne. De Wavre à Smohain, où s'appuyait l'extrême gauche des Anglo-Hollandais, il n'y a que trois lieues en ligne droite.
Le général français avait persisté, néanmoins, à continuer la bataille à peine et si tardivement engagée.
II avait ordonné à Lobau de traverser la chaussée de Bruxelles par un changement de direction à droite par division, de se porter du côté de Chapelle-Saint-Lambert, pour soutenir Domon et Subervie, et « de choisir une bonne position intermédiaire où il pût, avec dix mille hommes, en arrêter trente mille, si cela devenait nécessaire. »
Lobau s'était mis immédiatement en mouvement; l'infanterie de la garde avait pris la place qu'il quittait; et,
(1) Mémoires, t. IX,
simultanément, le major général avait écrit à Grouchy :
« Du champ de bataille de Waterloo, le 18 juin , à une heure après midi.
« Vous avez écrit, ce matin, à deux heures, à l'empereur que vous marcheriez sur Sart-lez-Walhain ; donc, votre projet était de vous porter à Corbais ou à Wavre (1). Ce mouvement est conforme aux dispositions de Sa Majesté, qui vous ont été communiquées.
» Cependant, l'empereur m'ordonne de vous dire que vous devez toujours manœuvrer dans notre direction. C'est à vous de voir le point où nous sommes pour vous régler en conséquence et pour lier nos communications, ainsi que pour être toujours en mesure de tomber sur les troupes ennemies qui chercheraient à inquiéter notre droite, et de les écraser.
» Dans ce moment, la bataille est engagée sur la ligne de Waterloo. Le centre ennemi est à Mont-Saint-Jean ; ainsi, manœuvrez pour joindre notre droite.
» P. S. Une lettre qui vient d'être interceptée porte que le général Bùlow doit attaquer notre flanc. Nous croyons apercevoir ce corps sur les hauteurs de Saint-Lambert; ainsi, ne perdez pas un instant pour vous rapprocher de nous et nous joindre, et pour écraser Bùlow, que vous prendrez en flagrant délit. »
Instructions tardives! Où se trouvait Grouchy au moment où on les écrivait? où serait-il quand elles lui parviendraient? quand les recevrait-il ; et où serait alors l'armée prussienne? Blùcher était bien actif, bien audacieux. Pouvait-on penser qu'il serait resté inerte, depuis le point du jour, à Wavre? Or, Grouchy, on le savait, n'avait dû partir de Gembloux qu'au matin; de Gembloux à Wavre, il y a tout près de six lieues
(1) Cette conclusion était anticipée, on le verra plus tard. Grouchy, en se portant sur Sart-Iez-Walbain, ne savait pas encore dans quelle direction il prolongerait son mouvement.