CHAPITRE DOUZIEME
quand on y va par Sart-lez-Walhain ; et la roule n'est qu'une mauvaise traverse où l'on rencontre des défilés à chaque instant.
Pendant qu'étaient parvenues les fâcheuses nouvelles qui avaient déterminé l'envoi de ces instructions pressantes, Ney avait reçu l'ordre d'ouvrir le feu d'artillerie qui devait préparer l'attaque dont le but était la prise du hameau de Mont- Saint-Jean.
A une heure, nous l'avons dit, ce feu était dans toute son intensité.
Les trois batteries de 12 de d'Erlon, de Reille, de Lobau, réunies aux batteries divisionnaires du premier et renforcées de deux batteries de la garde, en tout soixante et dix-huit bouches à feu, placées sur une arête de la pente des hauteurs de la Belle-Alliance, à droite de la chaussée, battaient à outrance la gauche et la partie adjacente du centre anglo-hollandais, qui ne leur opposaient qu'une artillerie inférieure.
Vers une heure et demie, Napoléon, jugeant l'ennemi assez ébranlé par la masse de projectiles lancés sur ses lignes, fit dire à Ney de disposer les quatre divisions du 1er corps en autant de colonnes par échelons, la gauche en avant, pour enlever la Haie-Sainte, franchir le vallon et marcher au plateau.
Soit malentendu dans la transmission de l'ordre, soit aberration du maréchal ou de d'Erlon, les divisions se formèrent, chacune en masse pleine, par bataillons déployés, à cinq pas de distance les uns des autres.
Sur un terrain favorable, cette formation, complètement et à juste titre inusitée, aurait été bien dangereuse ; sur le sol accidenté, bourbeux qu'il fallait parcourir, c'était une folie. On se mettait à la merci d'une charge de cavalerie.
Le premier échelon, ou échelon de gauche, fut formé par la brigade Bourgeois, de la division Allix (1), l'autre brigade de
(1) Allix étant absent, en mission, sa division était commandée par Qniot, le plus ancien de ses maréchaux de camp.
cette division, celle de Quiot devant aller attaquer la Haie- Sainte. La division Donzelot forma le second échelon ; celle de Marcognet le troisième; celle de Durutte le quatrième.
La distance d'un échelon à l'autre fut de quatre cents pas ; chaque division avait huit bataillons, excepté celle de Donzelot, qui en avait neuf.
Ces étranges colonnes présentaient donc ici douze, là vingtquatre et vingt-sept rangs d'épaisseur et un front variant de cent cinquante à deux cents hommes , suivant la force des bataillons (1).
Au signal de Ney, alors à cheval sur la chaussée, elles se mirent en marche et descendirent, aux cris redoublés de « Vive l'empereur! » dans le vallon qui séparait les deux armées. Rendus inutiles le jour de Ligny et des Quatre-Bras, soldats et officiers brûlaient d'impatience, voulaient se signaler par quelque action éclatante.
La brigade de Quiot, dirigée contre la Haie-Sainte, fut la première qui en vint aux mains. Elle était déjà engagée, que les colonnes à sa droite gravissaient encore la pente du plateau sous le feu plongeant de l'artillerie ennemie.
L'aile gauche anglo-hollandaise, commandée par le lieutenant général Picton, s'étendait, on l'a vu, depuis la chaussée de Bruxelles, jusqu'à hauteur de la Haie.
Elle se composait des deux brigades anglaises de Kempt et de Pack, des deux brigades hanovriennes de Vincke et de Best, et de la division hollando-belge Perponcher, comprenant les
(1) Cette singulière formation du corps de d'Erlon a été présentée, jusqu'ici, d'une manière inexacte par les historiens français et étrangers. Nous devons a la bienveillante amitié d'un général qui était officier supérieur dans le corps de d'Erlon les détails qu'on vient de lire. Dans la note remarquable qu'il nous a envoyée, nous lisons que le chef du dernier bataillon de la division Durutte avait rompu sa troupe par division, prêt à former le carré, et que Durutte, s'en étant aperçu, lui ordonna de la faire marcher en bataille, parce que tel était l'ordre.