CHAPITRE DOUZIEME
adversaires; l'intrépide Piéton, un des plus renommés parmi les généraux de la guerre d'Espagne, tombe frappé à mort, la tête traversée d'une balle (1). Cette rencontre furieuse ne reste pas longtemps indécise.
Wellington, reconnaissant les apprêts de l'attaque de d'Erlon, s'était, tout de suite, porté à son aile gauche et y avait appelé, de sa réserve, la brigade de gros dragons de Ponsonby, forte de douze cents chevaux.
Placé près de la chaussée, dans un pli de terrain, en arrière de Kempt, Ponsonby attendait le moment de prendre la charge. Il saisit l'occasion. A la tête de deux de ses régiments, de huit cents cavaliers d'élite, il passe dans les intervalles de Kempt et se précipite sur le flanc gauche des colonnes françaises, les sabre à outrance, les repousse sur les haies, les éparpille et descend parmi elles la pente du plateau. Le drapeau du 105e de ligne est pris.
Presque simultanément, la troisième colonne, celle de Marcognet, éprouvait le même sort que les deux premières.
Très-maltraitée déjà par une batterie qui la battait d'écharpe à courte portée, elle avait dépassé les haies et descendait le revers de la crête, quand les bataillons de la gauche de Pack et ceux de la droite de Best, qui se tenaient à moitié couchés dans les blés, se relevèrent et ouvrirent sur elle un feu des plus meurtriers, suivi bientôt d'une charge exécutée à fond par le troisième régiment de la brigade de Ponsonby. Ainsi surprise, n'ayant pas le temps de se former en carrés à cause de sa vicieuse ordonnance, la division Marcognet, s'émeut, tourbillonne et regagne précipitamment le vallon, tous rangs confondus, perdant le drapeau du 45e de ligne, sabrée par les
(1) Le bulletin de Wellington dit : « Picton est mort glorieusement en conduisant sa division à une charge à la baïonnette, par laquelle une des plus sérieuses attaques faites par l'ennemi sur notre position a été repoussée. »
dragons qui galopent, ivres d'ardeur, au milieu de la déroute.
Du moment où nos colonnes avaient été près d'atteindre la crête du plateau, la grande canonnade de Ney avait dû cesser. Deux batteries divisionnaires s'étaient avancées alors pour les rejoindre; mais, en traversant le vallon, elles s'étaient à moitié embourbées. La cavalerie qui poursuivait nos fuyards les rencontra sur sa route, et coucba par terre, en un instant, canonniers, soldats du train et chevaux.
Les artilleurs des batteries restées en position assistaient ainsi à cette destruction, au carnage de notre infanterie, impatients de la mêlée, qui les empêchait de tirer sur les audacieux dragons et la masse des fantassins anglais accourus jusque sur la pente du plateau.
Peu s'en fallut qu'ils n'eussent, à leur tour, beaucoup à souffrir de la tempête.
Emportés par le succès, les dragons franchissent le vallon, et, dans leur élan, arrivent jusqu'à la gauche de la grande batterie. Mais, tout aussitôt, une brigade de cuirassiers, un régiment de lanciers tombent sur eux de front, de flanc, et mettent un terme à leur course. Saisis dans leur éparpillement, les uns sont impitoyablement renversés par le long sabre et la lance de nos cavaliers ; les autres tournent bride et vont chercher un abri sur le plateau. Ils l'y trouvent derrière l'infanterie qui s'est reformée sur la crête et la brigade de Vivian, qui vient de s'y porter aussi. A l'aspect de ces forces, la poursuite s'arrête; le ralliement sonne pour les nôtres. Il se fait dans le vallon, sous la protection de la grande batterie, qui a repris son feu.
Ponsonby y est resté inanimé, le corps troué de sept coups de lance. De ses douze cents dragons, six cents à peine se sont échappés ; les autres ont péri ou ont été faits prisonniers. Deux des trois commandants de régiment, les lieutenants-colonels Hamilton et Muter, ont été, celui-ci blessé grièvement, celui-là tué.