CHAPITRE DOUZIÈME
C'est la brigade Travers, composée des 7e et 12e cuirassiers, c'est le 4° lanciers, colonel Bro, qui ont fait payer ainsi aux Anglais leur témérité. Travers a marché par ordre de Napoléon, qui a vu trop tard arriver l'orage. Bro a été lancé par son chef de division, le général Jacquinot ; il est grièvement blessé.
La quatrième colonne, celle de Durutte, avait eu moins mauvaise fortune que les trois autres.
Composée d'abord de huit bataillons, elle n'en comptait plus que six en franchissant le vallon, Durutte ayant pris sur lui d'en laisser deux à la garde de la droite de la grande batterie.
En avançant, elle avait masqué les fermes de Papelotle et de la Haie par quelques compagnies. Elle avait atteint, en bon ordre, la crête du plateau, traversé les haies très-discontinues sur cette partie de la ligne ennemie; les Hanovriens de Best et de Vincke avaient déjà beaucoup reculé devant elle, au moment où les dragons légers de Vandeleur, sortant d'un pli de terrain, l'avaient chargée inopinément. Pliant d'abord sous le choc, elle s'était confusément pelotonnée; mais la confusion n'avait pas duré; et les dragons, fusillés à bout portant, s'étaient repliés promptement pour aller se rallier loin du feu.
Ce ralliement fait, Vandeleur, qui venait d'apprendre la déroute de nos autres colonnes, s'était porté dans le vallon pour appuyer Ponsonby.
Durutte, profitant de ce mouvement et voyant qu'il n'y avait plus de colonne française à sa gauche, s'était mis en retraite, maintenant en respect les Hanovriens, et avait regagné sa première position. Sa perte était de six cents hommes hors de combat.
Comme sa division repassait le vallon, Vandeleur y était aux prises avec le 3e lanciers et le 3e chasseurs (division Jacquinot) ; et, peu après, se voyait forcé par eux de suivre la retraite de Ponsonby. Mais il la suivait sans désordre, protégé
qu'il était par la brigade Ghigny (hollando-belge), accourue, elle aussi, dans le vallon.
Ghigny s'était heurté, d'abord, aux deux bataillons laissés par Durutte à la garde de la grande batterie; et avait tenté vainement d'entamer les deux carrés qu'ils avaient formés.
Ainsi, l'attaque sur la gauche des Anglo-Hollandais avait complètement échoué.
Elle coûtait au corps de d'Erlon près de cinq mille hommes, dont deux mille prisonniers ; et une quinzaine de pièces d'artillerie étaient absolument désorganisées (1).
Les Anglo-Hollandais avaient moins souffert. Leurs pertes, pourtant, étaient très-sensibles.
Les dragons de Ponsonby étaient à moitié détruits. Les brigades de Kempt et de Pack, déjà bien diminuées aux Quatre- Bras, présentaient de nouveaux vides ; celle de Bylandt, fortement éprouvée d'abord par la canonnade, culbutée ensuite à coups de baïonnette, était réduite à moins de quinze cents hommes ; son courageux chef, plusieurs de ses officiers supé-
(1) Le colonel E.-F. Janin, dans sa brochure (Campagne de Waterloo. — Paris, 1820), a dit que, dans cette rencontre, quarante pièces avaient été désorganisées. Son assertion a été répétée par quelques écrivains français et étrangers, qui ont même ajouté, sur la foi de Vaudoncourt (Histoire des campagnes de 18U et 1815 en France. — Paris, 1826), que toute la grande batterie de notre aile droite s'était mise en mouvement pour se porter sur la crête en avant. C'est une double erreur. Ce mouvement fut fait seulement par la batterie de la division Donzelotet celle de la division Marcognet. Une note écrite par un témoin, et maintenant sous nos yeux, ne laisse aucun doute à ce sujet.
Napoléon, dans sa première relation de Sainte-Hélène, dit : « Une quinzaine de pièces qui se portaient en avant furent culbutées par la cavalerie ennemie, dans un chemin creux ; » dans sa seconde relation, il réduit ce chiffre à sept.
Mullling (Geschichle des Feldzugs, etc.) dit : « Quelques pelotons de cavalerie anglaise... tombèrent sur une colonne d'artillerie sans escorte. Elle fut prise. Comme il était impossible de l'emmener, on tua les chevaux. »