‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 137 sur 261 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

rieurs étaient hors de combat ; enfin, l'habile et intrépide Picton était tué.

En attendant de nouvelles luttes, la canonnade reprit avec violence entre la gauche anglo-hollandaise et l'aile droite française.

La brigade Quiot, dirigée contre la Haie-Sainte, en même temps que d'Erlon marchait au plateau, n'avait pas réussi dans cette attaque.

Comme la plupart des grandes fermes de Belgique, la Haie- Sainte présente un massif rectangulaire de bâtiments contigus ou reliés par des murs, de manière à former un enclos et une cour intérieure. Un verger de deux cent cinquante mètres de long sur cent de large et un jardin trois fois moins grand y touchent, le premier au sud, le second au nord. Le jardin est fermé par un mur à l'est, par de petites haies au nord et à l'ouest. Le verger est entouré de haies vives élevées, mais trèspeu fourrées ; sa clôture est s'appuie à la chaussée même de Bruxelles et se trouve sur le prolongement des murs de la ferme et du jardin.

La ferme a deux grandes entrées : l'une à l'est, l'autre à l'ouest. De ce dernier côté, il y a encore une porte qui s'ouvre dans une vaste grange d'où l'on passe dans la cour. Une petite porte donne accès dans le jardin.

Le massif des bâtiments est placé à l'extrémité inférieure de la pente du plateau de Mont-Saint-Jean. Le verger est dans le vallon. L'un et l'autre échappent aux vues du plateau par la disposition de la pente (1).

La Haie-Sainte était occupée, depuis la veille, par le 2e bataillon léger de la légion allemande (division Alten), fort de

(1) 11 n'en est plus ainsi maintenant. On a pris sur cette pente une grande partie des terres nécessaires à la construction du monticule qui supporte le lion de Waterloo; et, du bord du plateau, on voit, jusqu'au pied, les bâtiments de la Haie-Sainte.

431 hommes et commandé par le major Baring. Des préparatifs de défense y avaient été faits : les murs étaient crénelés. Deux compagnies tenaient les bâtiments, trois le verger, une le jardin.

Les ravages de l'artillerie, des obusiers surtout auraient dû précéder l'attaque de cette position. On n'y avait pas pensé ; on répétait la faute commise à Goumont. Les soldats de Quiot n'y prirent garde.

Ils abordèrent le verger, en traversèrent les haies, en chassèrent les défenseurs. Ceux-ci se retirèrent et allèrent appuyer leur gauche au mur occidental de la ferme.

Pendant ce temps, la porte qui donne sur la chaussée de Bruxelles, était poussée avec furie, attaquée à coups de hache, malgré le feu des créneaux et la mitraille de deux pièces en batterie derrière la barricade obstruant la chaussée, à l'extrémité gauche du centre anglo-hollandais (1).

Un jeune officier du génie se fit remarquer entre tant de braves, dans cet assaut plein d'extrêmes périls. De la plus haute stature, de force herculéenne, on le vit, armé d'une hache, frapper sur la porte à coups redoublés, persister dans ce travail héroïque malgré une première blessure, et n'y renoncer qu'après une seconde qui le mit complètement hors de combat. C'était le lieutenant Vieux, réservé à une mort glorieuse, sur un autre et plus lointain champ de bataille (2).

En dépit de tous les efforts, la porte, fortement barricadée par derrière, ne céda pas ; et cette tentative n'aboutit qu'à une perte considérable en officiers et soldats.

(1) Ces deux pièces, au contraire du reste du centre anglo-hollandais, voyaient toute la pente devant elles, parce que la chaussée franchit les hauteurs dans une tranchée profonde.

(2) Devenu chef de bataillon, Vieux périt sur la brèche de Conslantine. Il faisait partie de la première colonne d'assaut, conduite par le chef du régiment de zouaves, l'intrépide Laraoricière.

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