CHAPITRE DOUZIEME
Le prince d'Orange, ayant vu le verger enlevé, les bataillons de Quiot entourant la Haie-Sainte, fit marcher au secours de Baring un bataillon de landwelir hanovrienne, celui de Luneburg (division Alten). Ce renfort permit à Baring de reprendre une partie du verger. Son succès ne fut pas de longue durée. La brigade Dubois (cuirassiers de Milbaud) avait été portée, par l'ordre de Napoléon dans le pli de terrain qui se trouve entre les hauteurs de la Belle-Alliance et la Haie-Sainte. Elle s'avança jusqu'à hauteur du verger. Quiot, appelant alors quelques compagnies de sa réserve, le balaya, baïonnettes basses; et les cuirassiers, saisissant le moment, se précipitèrent sur l'ennemi en retraite. Les soldats de Baring, trèsrapprochés de la ferme, purent s'y réfugier à temps. Mais le bataillon de Lùneburg fut renversé parla charge, détruit presque entièrement et laissa son drapeau aux mains des cuirassiers. Quiot jeta aussitôt deux compagnies sur le jardin. Elles l'enlevèrent.
La cavalerie avait frappé un coup brillant. Elle ne voulut pas s'en tenir là. Soit ordre donné, soit entraînement du combat, elle se lança à la poursuite des fuyards, gravit la pente du plateau et se trouva, tout à coup, en face de carrés formés par la brigade hanovrienne de Kielmansegge (division Alten). Sans la moindre hésitation, elle prit la charge contre eux. Repoussée, elle y retournait.
Wellington était près de là. Il venait de lancer Ponsonby contre les colonnes de d'Erlon ; il lança la brigade de Somerset (gardes), quatorze cents chevaux, sur nos cuirassiers. Uxbridge, le commandant en chef de la cavalerie, conduisit la manœuvre. Le résultat en fut rapide. Les cuirassiers cédèrent sous la supériorité du nombre et furent ramenés jusqu'au vallon. Fort heureusement, là, ils furent recueillis par les bataillons de Quiot, qui, par leur ferme contenance et leur feu, arrêtèrent court la poursuite de l'ennemi. Sans chercher à les entamer, Uxbridge lit demi-tour et remonta sur le plateau. Dans cette
27i WATERLOO.
rencontre avec nos cuirassiers, le commandant des dragonsgardes, le lieutenant-colonel Fuller, fut tué.
Wellington dirigea sur la Haie-Sainle quatre nouvelles compagnies de la légion allemande (division Alten). Elles reprirent le jardin, tandis que de nouveaux efforts faits par Quiot pour pénétrer dans la ferme, à l'est et surtout à l'ouest, restaient infructueux, augmentant nos pertes, à chaque instant.
Ney, Napoléon ne songeaient pas plus l'un que l'autre à faire abattre à coups de canon ces murs, à incendier par des obus ces bâtiments contre lesquels s'épuisait le courage des soldats de Quiot.
Pendant tous les insuccès du corps de d'Erlon, l'attaque de Goumont avait continué avec la même violence et sans meilleur résultat qu'auparavant.
La division Foy était allée y renforcer Guilleminot.
Celui-ci avait fini par pratiquer des ouvertures dans les haies du grand verger. Il y avait pénétré, pendant que Foy tournait la position par la droite. Le verger avait été occupé; toutes les troupes ennemies qui n'avaient pas trouvé abri dans le jardin et le château, avaient été refoulées dans le vallon en arrière et bientôt rejetées sur la pente du plateau. Mais, alors, la première ligne du centre anglais s'était ébranlée, et Foy et Guilleminot avaient été obligés de reculer jusqu'à hauteur du bois, abandonnant le verger couvert de cadavres.
D'autres tentatives n'avaient pas eu plus de succès. L'intrépide Foy, grièvement blessé, avait été emporté hors du champ de bataille. Jérôme Bonaparte, atteint d'une balle au bras, s'en était éloigné aussi et s'était rendu près de Napoléon.
Toute cette lutte sur Goumont n'avait présenté qu'une succession de mouvements en avant et en arrière, dont le détail échappe à l'analyse. Tantôt, les assaillants avaient rejeté leurs adversaires derrière les clôtures du château, du jardin, du verger adjacent, les refoulant dans le vallon au pied de l'extrémité droite du centre anglais; tantôt, ceux-ci, appuyés par