CHAPITRE DOUZIEME
des bataillons descendus de la crête du plateau sur la pente, avaient repris le terrain perdu, étaient revenus jusque dans le bois. Combat meurtrier pour les deux partis, et surtout pour les Français.
Ces derniers y avaient engagé, déjà, près de dix mille hommes d'infanterie (1).
Ce conflit si prolongé avait appelé, enfin, l'attention de Napoléon, et il avait fait diriger huit obusiers contre le château inaccessible. Placée vers la chaussée de Nivelles, cette artillerie avait bientôt mis en feu tous les bâtiments, où des centaines de blessés avaient péri, dévorés par les flammes ; mais le jardin et le grand verger étaient restés occupés par l'ennemi : la position n'avait pas été prise.
La division de cavalerie de Pire faisait, depuis le commencement de la bataille, des démonstrations du côté de Brainel'Alleud. Wellington y avait envoyé, par suite, deux régiments de cavalerie.
Il était trois heures.
L'aile droite française reformait, alors, sur sa position primitive, ses bataillons si malheureusement engagés; au centre, on occupait seulement le verger de la Haie-Sainte ; à gauche, on était aux prises sur Goumont; sur toute la ligne, le feu de l'artillerie et des tirailleurs était incessant.
Wellington, attendant de nouvelles attaques, prenait des dispositions pour y faire face.
Une des brigades de Chassé, appelée de Braine l'Alleud, venait se placer près de la chaussée de Nivelles, à hauteur de Merbe-Braine , l'infanterie de Brunswick renforçait le centre, la division Clinton s'en rapprochait ; deux cents hommes étaient portés dans la Haie-Sainte; enfin, la brigade hanovrienne de
(1) La division Guilleminot avait, à l'entrée en campagne, 7,800 fantassins ; celle de Foy, 4,800. Elles avaient perdu, le 1S et le 16, trois mille hommes. Le 18, il leur en restait donc 9,G00 environ.
27fi WATERLOO.
Vincke était retirée de l'aile gauche et passait en réserve, en avant de la ferme de Mont-Saint-Jean.
Cette aile avait beaucoup souffert dans sa rencontre avec d'Erlon; mais Wellington pensait pouvoir l'affaiblir maintenant, sans grand inconvénient : le corps de Bùlow approchait; ceux de Pirch I et de Zieten n'étaient plus bien éloignés ; Bliicher tenait sa promesse; il était avec Biïlow et faisait annoncer son entrée en ligne sous peu de temps.
La combinaison du général anglais et du général prussien marchait vers son accomplissement.
Napoléon ne connaissait encore que le mouvement de Bùlow, dont les éclaireurs de Domon annonçaient, à présent, l'intervention très-prochaine.
Quand il avait reçu la première nouvelle de la présence de Biïlow à Chapelle-Saint-Lambert, vers une heure, « il avait balancé un instant, a-t-il assuré, s'il ne changerait passa ligne d'opérations pour la placer sur la route de Nivelles, en débordant la droite de l'armée anglaise, au lieu de la gauche, et en marchant sur Mont-Saint-Jean par celte route, après s'être emparé de Braine l'Alleud. » Mais, ce mouvement devant augmenter l'espace qui le séparait de Grouchy, il ne l'avait pas opéré, et s'était décidé à recevoir l'attaque prussienne sur son flanc droit, en y opposant Subervie, Domon et Lobau, pendant qu'il continuait et continuerait l'exécution de son plan de bataille contre Wellington. Résolution périlleuse!
L'agression de Biïlow, maintenant imminente, le porta, cependant , à une modification profonde de ce plan.
Il venait d'échouer dans sa tentative sur la gauche des Anglo-Hollandais, partie faible de leur ligne, comme il le dit; il renonça à la renouveler et s'arrêta au projet de diriger l'effort principal vers le milieu de leur centre.
Il lira de son aile droite deux batteries de 12 et les fit passer vis-à-vis de celte partie de la ligne ennemie. En même temps, Ney reçut l'ordre de presser l'enlèvement de la Haie-Sainte.