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CHAPITRE DOUZIEME

Le maréchal adjoignit à Quiot deux bataillons de Donzelot, les premiers qui se fussent remis en ordre à leur retour du plateau. Une demi-heure après, nos soldats, forçant l'entrée de la grange, pénétraient dans la cour de la ferme, nettoyaient tous les bâtiments, occupaient le jardin. Devant cette irruption furieuse, Baring s'enfuyait avec ses compagnons, gagnant le plateau. Du 2e bataillon léger de la légion allemande, qui avait commencé la défensede la Haie-Sainte, quarante-deux hommes seulement s'étaient échappés ; tous les officiers, à l'exception de cinq, avaient péri ou étaient blessés; deux restaient prisonniers. Les troupes envoyées successivement pour soutenir Baring avaient été presque aussi maltraitées (1).

Le 5° et le 8° bataillon de l'infanterie de la légion allemande (division Alten) furent détachés, alors, du centre ennemi pour reprendre la ferme. Chargés par les cuirassiers, qui s'élancèrent du vallon, le second fut sabré, dispersé, perdit son drapeau, et le premier, après avoir résisté à deux charges successives, ne dut son salut qu'à la brigade Somerset, accourue pour le dégager.

Uu peu avant quatre heures, la première ligne du centre anglo- hollandais opéra une mouvement rétrograde. Pour diminuer les ravages de nos boulets et de nos obus, Wellington la fit passer en deçà de la crête des hauteurs. Là, comme à la gauche, cette crête avait très-peu de largeur, et le terrain immédiatement en arrière s'abaissait dans un large

(1) Les versions sur lemomenloù laHaie-Sainle fut prise diffèrent beaucoup. Wellington, dans une lettre à Walter Scott (17 août 1815), dit qu'elle fut enlevée à « environ deux heures, » ce qui concorde avec son bulletin ; Napoléon, à trois heures; plusieurs écrivains français et étrangers, à quatre heures ou quatre heures et demie; Wagner, à six heures passées; enfin, le major Baring a publié, en 1831 , dans le Journal militaire hanovrien, une relation qui reculerait encore plus le moment de la prise.

Nous l'avons fixé, d'après une note provenant d'un officier présent à la bataille et en position d'en connaître certains incidents.

pli 011 les troupes échappaient complètement à la vue des Français.

Napoléon crut, paraît-il, à un commencement de retraite. Cependant, l'artillerie ennemie était restée en position sur la crête ainsi que les tirailleurs.

Milhaud reçut l'ordre de se porter en avant, avec ses deux divisions, en laissant la Haie-Sainte à droite, et de charger à fond le centre de Wellington. La division de lanciers et de chasseurs de la garde, sous Lefebvre Desnouettes, appuya cette manœuvre.

Forte de cinq mille chevaux, cette superbe cavalerie défila dans le fond, en arrière de la Haie-Sainte; et, tout aussitôt, on la vit monter au trot la pente fangeuse du plateau de Mont-Saint-Jean. Le maréchal de l'Empire n'avait pas oublié le brillant général de cavalerie de la République : Ney s'était mis à la tête des escadrons cuirassés.

Les boulets, puis la mitraille furent impuissants à les émouvoir. Ils atteignirent la crête.

Ney les dirigeait, en suivant le côté ouest du contre-fort où prennent naissance le vallon de Goumont et celui de la Haie- Sainte (1). Il évitait ainsi d'aller tomber dans la partie encaissée du chemin d'Ohain.

L'artillerie anglaise avait pour instructions de tirer jusqu'au dernier moment, puis de porter, au galop, ses avant-trains jusque vers les réserves, en repliant rapidement ses hommes avec les armements des pièces dans l'intérieur des carrés de l'infanterie.

Immobiles, silencieux, formés chacun de deux bataillons, et disposés en échiquier sur deux lignes, ces carrés attendaient froidement les adversaires dont l'approche s'annonçait par des cris frénétiques de « Vive l'empereur! »

Ils venaient à peine de se refermer sur les artilleurs fugi-

(1) Voir pages 242-243, la description du terrain.

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