CHAPITRE DOUZIEME
tifs, quand les cuirassiers, franchissant la crête du plateau, se précipitèrent sur eux avec la fureur de l'ouragan. L'imminence et la grandeur du péril ne les ébranlèrent pas. Ils y opposèrent une ferme résolution. Attaqués successivement, simultanément parfois, sur toutes leurs faces, ceux de la première ligne arrêtèrent le choc par une fusillade meurtrière; et, lorsque le choc se porta sur ceux de la seconde, il y trouva la même résistance. En vain, des files entières étaient écrasées sous le poids des cavaliers, dont la balle n'interrompait pas la course : les brèches ouvertes dans ces murs d'hommes se refermaient à l'instant. Fantassins d'Angleterre, de Hanovre, de Brunswick, grandissaient leur énergie au niveau de la vaillance de l'attaque.
Cependant, au milieu de ces efforts ardents, incessants de notre cavalerie cuirassée, et par ces efforts mêmes, le désordre s'était mis dans ses rangs : ses escadrons se trouvaient mêlés, confondus dans le tumulte des charges et de la mousqueterie. Wellington le vit, et lança sur elle, à travers les intervalles de sa seconde ligne, trois brigades qu'il tenait sous la main. Somerset (gardes anglaises) à gauche, Trip (carabiniers-hollandobelges) au centre, Dôrnberg (dragons légers anglais et de la légion allemande) à droite, prirent la charge.
Ainsi assaillis par le fer et par le feu, surpris dans un moment d'inévitable confusion, nos intrépides cuirassiers firent ferme contenance, et se mêlèrent audacieusement à ces nouveaux adversaires. Lutte trop inégale! Ney voulut l'interrompre et fit sonner le ralliement. On dut l'opéreren arrière de la crête, où Lefebvre Desnouettes était reste en réserve. Somers et, Trip, Dôrnberg y arrivèrent pêle-mêle avec nos cuirassiers. Ney, alors, reprit la charge à la tête des lanciers et chasseurs delà garde, ramena les généraux ennemis sur l'infanterie, et recommença ses attaques contre les carrés avec une extrême violence. Les cuirassiers, bientôt ralliés, le rejoignirent; le plateau au milieu du centre anglais fut inondé par notre cavalerie.
Mais, cette fois encore, la répétition des charges, le feu des carrés mirent nos escadrons en désordre. Ney fut forcé de leur faire abandonner le plateau, et les ramena au fond du vallon pour les reformer, et leur faire reprendre haleine. Ce mouvement se fit en bon ordre, malgré le feu des batteries tout à l'heure au pouvoir des nôtres et remises, maintenani, en action contre eux.
Dans cette rencontre, la brigade Somerset avait subi des pertes considérables.
L'audacieuse attaque tentée par Ney, à forces si inégales, avait donc échoué : comme l'aile gauche, le centre de Wellington lui avait résisté.
Peut-être aurait-il réussi, s'il eût été appuyé ou précédé par de l'infanterie. Mais il n'y avait plus d'autres bataillons disponibles que ceux de la garde; et Napoléon n'avait pas voulu s'en dessaisir encore; le moment même approchait où il allait être obligé d'employer une grande partie de cette réserve alin de pourvoir à d'urgentes nécessités sur un autre point du champ de bataille.
Pendant la grande lutte de la cavalerie conduite par Ney, les divisions Guilleminot et Foy avaient continué à combattre sur Goumont. Leurs efforts n'avaient pas eu plus de succès qu'auparavant; mais, s'avançant une fois de plus sur la pente du plateau, portant même l'attaque jusque sur la barricade de la chaussée de Nivelles, elles avaient assez occupé l'ennemi, de ce côté, pour favoriser un peu la manœuvre de Ney.
La division Bachelu, réduite à trois mille hommes le jour des Quatre-Bras, avait appuyé sur Goumont, où se fondaient sous le feu les régiments de Guilleminot et de Foy.
A notre droite la division Allix, commandée par Quiot, avait poussé, après la prise de la Haie-Sainte, jusqu'au chemin d'Ohainet n'avait pu le franchir. Donzelot, Marcognet,si maltraités dans l'attaque contre Piclon, s'étaient battus sur la pente du plateau, sans avancer. Durutte s'était efforcé d'enlever