‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 142 sur 261 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

Papelotte au prince de Saxe-Weimar. II n'y avait pas réussi, et avait dû se prémunir en arrière de sa droite.

De ce côté, en effet, les choses venaient de prendre une tournure menaçante.

Il était cinq heures; et, depuis une demi-heure (1), Bïilow avait commencé une puissante diversion.

Le corps sous ses ordres comprenait les divisions d'infanterie de Hacke, Ryssel, Losthin, Hiller et la division de cavalerie du prince Guillaume de Prusse, fortes ensemble de trente et un mille hommes et de 88 bouches à feu, mais diminuées momentanément de 2,000 hommes environ et de deux pièces par un détachement laissé en arrière.

Parti de son bivac de Dion-le-Mont, dès le point du jour, Bùlow avait été attendu beaucoup plus tôt. C'est que sa marche avait été retardée par bien des obstacles. Il avait dû suivre des chemins abîmés par les pluies, où les roues de son artillerie s'enfonçaient parfois jusqu'au moyeu, pendant que ses fantassins avançaient péniblement dans les terres détrempées, à travers les hautes moissons.

Sa division d'avant-garde n'avait pu achever de se masser qu'à midi, sur Chapelle-Saint-Lambert; et, en ce moment, elle se trouvait séparée de la division suivante, dont le mouvement avait été interrompu longtemps par un incendie qui avait éclaté sur son passage, dans la ville de Wavre.

Bùlow avait détaché deux partis de cavalerie commandés par des officiers supérieurs pour éclairer le terrain depuis la Dyle jusqu'au ruisseau de Lasne. Ces officiers venaient de lui

(1) Napoléon et les écrivains français, en général, portent l'attaque de Biilow à quatre heures. Elle commença à quatre heures et demie, comme le disent le bulletin prussien et le rapport de Biilow, comme le disent aussi Mutfling et les historiens prussiens et hollandais; et les historiens anglais, ce qui est décisif, sont d'accord avec tous ces témoignages, malgré leur envie de réduire, le plus possible, le rôle des Prussiens dans la bataille.

faire savoir qu'ils ne rencontraient aucune force ennemie, quand Blùcher arriva de Wavre à Chapelle-Saint-Lambert.

Le maréchal ordonna sur-le-champ à son lieutenant de passer le ruisseau de Lasne, de faire saisir par deux bataillons et quatre escadrons le bois de Paris et de former ses divisions en arrière, à mesure qu'elles déboucheraient. Cette manœuvre avait déjà été demandée à Bùlow par Wellington.

De Chapelle-Saint-Lambert, on descend dans le vallon de Lasne par un défilé très-étroit, à pente très-rapide, sur un terrain de sable presque mouvant; et, une fois dans le vallon, il faut suivre un défilé non moins difficile pour atteindre le bois de Paris. Quelques bataillons français et quelque artillerie, postés sur la rive du ruisseau, auraient suffi pour empêcher longtemps la colonne prussienne de déboucher. Elle trouva le terrain tout à fait libre; et, en s'avançant sur le bois de Paris, elle constata qu'il était libre aussi. Son avant-garde l'occupa. Les divisions Losthin et Hiller, une partie de la cavalerie du prince Guillaume avaient achevé de se réunir en arrière, au moment où Ney était le plus fortement engagé avec notre cavalerie contre le centre anglo-hollandais.

Blïicher avait eu, d'abord, l'intention de ne faire entrer Bùlow en ligne qu'après la concentration de tout son corps d'armée.

Mais, à la vue des charges réitérées de Ney, il avait craint pour l'issue de la bataille, si elles étaient appuyées par l'infanterie de la garde impériale, qu'il apercevait, en colonnes serrées, sur la chaussée de Bruxelles ; et, sans attendre davantage, il avait ordonné à Bùlow de déboucher du bois de Paris, en se dirigeant sur la Belle-Alliance (1).

Du bois de Paris à la Belle-Alliance et à Rossomme, le terrain présente un plateau ondulé dont les pentes tombent,

(1) Dans son rapport, Biilow dit que Bliïcher ordonna ce mouvement « pour donner de l'air à l'armée anglaise. »

Page 1