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CHAPITRE DOUZIEME

La cavalerie, sauf les brigades Vivian et Vandeleur, en position à l'extrême gauche de cette aile, était en troisième et quatrième ligne entre les chaussées de Nivelles et de Bruxelles. Les deux régiments détachés vers BraineTAlleud par suite des démonstrations de Pire venaient de la rejoindre, après avoir reconnu l'insignifiance des mouvements de ce général.

L'artillerie avait été maltraitée par les boulets français. Une partie de sa réserve avait dû entrer en ligne.

L'infanterie et la cavalerie avaient éprouvé d'assez grandes pertes. Leurs rangs avaient même été éclaircis par la fuite de quelques centaines d'hommes courant, à présent, vers Bruxelles, dans la forêt de Soignes. Mais le reste était solide.

Telle était la situation du centre anglo-hollandais, au moment où il allait recevoir le nouveau choc de la cavalerie française.

Sa force, on le voit, était très-grande. Ney n'avait pu s'y tromper. Mais il n'avait jamais reculé devant les œuvres les plus difficiles des combats.

Battu par la mitraille, il gravit la hauteur, et, une fois encore, se précipita, avec une indicible audace, sur les carrés ennemis.

Le corps de Kellermann reçut, alors, de Napoléon, l'ordre de prendre sa trace et de l'appuyer. Il s'ébranla immédiatement, laissant en réserve, par une sage disposition de son chef, sa brigade de carabiniers. La division de grenadiers et de dragons sous Guyot le suivit.

C'était plus de quatre mille chevaux.

Le mouvement rapide de cette cavalerie, brandissant le sabre au-dessus du casque, éclatant en immenses acclamations et succédant, de si près, à Milhaud et à Lefebvre Desnouettes, aux abords du plateau, donna à tous une extrême confiance dans l'issue de la journée.

Les lignes anglo-hollandaises, pensait-on, ne devaient pas résister au choc de pareilles masses.

Le choc lut terrible, en effet, au dire unanime des acteurs et des témoins de ce grand drame ; mais il ne fut pas au-dessus de l'opiniâtre courage de Wellington et de ses soldats.

En vain, Ney engagea jusqu'à son dernier escadron, jusqu'à sa brigade de carabiniers laissée en réserve; en vain, des batteries d'artillerie légère vinrent lancer leur mitraille sur les bataillons de la première ligne; en vain, des carrés entiers furent renversés, dispersés, écrasés, toute la division Alten refoulée sur la chaussée de Bruxelles (1) ; en vain, les nombreux escadrons venus au secours de l'infanterie furent sabrés, mutilés, disloqués ; le drapeau de la Grande-Bretagne continua à flotter sur le fatal plateau; et, après une lutte de près de deux heures, une lutte sans exemple dans les annales de la guerre (2), notre cavalerie, désorganisée par d'incessants efforts, par les chances de la mêlée, le bras fatigué par tant de coups portés, ses chevaux haletants, harassés de tant de mouvements violents sur un sol fangeux, dut se résoudre, frémissante de rage, à redescendre la pente qu'elle avait gravie dans la conviction du succès.

Ce mouvement, a-ton dit, s'opéra, en quelque sorte, sans ordre du chef, par suite de l'épuisement de chacun. C'est qu'il y a des limites à la puissance des organisations les plus vigoureuses.

Les Anglo-Hollandais eux-mêmes en témoignèrent : malgré le succès de leur résistance, ils inquiétèrent à peine la retraite.

Des deux côtés, les pertes étaient énormes.

Ney avait laissé, étendus sur le plateau ou aux mains de

(1) Rapport du général Allen.

(2) (d.e duc de Wellington m'a assuré lui-même, au congrès de Vérone, qu'il n'avait jamais rien vu de plus admirable.à la guerre, que les dix ou douze charges réitérées des cuirassiers français sur les troupes de toutes armes. » {Précis historique et militaire, etc., par le général Jomini.)

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