‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 150 sur 261 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

geance du vaincu que cette allégation tant répétée! Le plan du général anglais reposait sur la défense du plateau jusqu'à l'arrivée des colonnes prussiennes; elles étaient proches; et il aurait renoncé à le disputer, avec la masse de braves qui lui restaient encore! « Vous pouvez être tué, lui dit lord Hill; quels sontvos projets, vos instructions? — De tenir ici jusqu'au dernier homme. » Kempt, qui a remplacé Picton dans le commandement de l'aile gauche, fait demander des renforts. « Qu'il n'y compte pas, et qu'il continue la défense! » Le mot de la journée est dans ces laconiques réponses, dignes de l'antiquité, des plus beaux temps des armées de notre République. Il est puéril, peu honorable de méconnaître ses ennemis.

Le redoublement du feu de notre artillerie semblant annoncer une attaque imminente, Wellington s'avance sur le bord du plateau. Bientôt, à travers les éclaircies des fumées de la poudre, il saisit le mouvement de la garde, bien reconnaissable à ses hauts bonnets à poil, et il se prépare pour la rencontrer avec vigueur.

Les batteries à portée reçoivent l'ordre de concentrer leurs coups sur la colonne d'élite. Les bataillons de Brunswick et de Nassau, en deux colonnes serrées, de quatre et de trois bataillons, sont en première ligne dans sa direction même; ils soutiendront le premier choc. Derrière eux, la brigade Maitland (gardes anglaises), déployée et formée sur quatre rangs, se tient couchée dans un pli de terrain. La division Chassé est sur la droite de Maitland, une brigade en deux carrés échelonnés, et, en réserve, une brigade en colonnes serrées.

Wellington critique. » (Rapport adressé à son gouvernement, par le général autrichien Vincent.) Ce général fut blessé dans la journée. Il était détaché comme commissaire au quartier général anglais.

« Vers sept heures du soir..., le duc, qui sentit que le moment était très-critique, etc. » (Rapport du général Alava, ministre plénipotentiaire d'Espagne près la cour des Pays-Bas, et présent à la bataille, où il fit partie de l'état-major de Wellington.)

Le bruit des tambours battant la charge, les cris frénétiques de « Vive l'empereur! » sont devenus distincts, malgré les grondements de l'artillerie; la garde approche. Les soldats ont l'arme au bras; leurs rangs se serrent et restent alignés sous la mitraille comme en un jour de parade. Ney est devant eux, l'épée à la main. La garde approche toujours. Les batteries qui sont en face d'elle sont enlevées à la baïonnette ou se retirent en désordre. Les bataillons de Brunswick s'avancent à sa rencontre; elle les culbute et les disperse. Le prince d'Orange se précipite en tête des Nassau, et veut, à son tour, l'arrêter; une balle le renverse de cheval; et les Nassau subissent le sort des troupes de Brunswick.

Des cris de victoire retentissent dans la colonne française. Le général Friant, blessé et forcé d'abandonner la lutte, dit à Napoléon, resté dans le vallon de la Haie-Sainte, que tout va bien sur le plateau (1).

Au-dessus de la Haie-Sainte, au-dessus de Goumont, d'Erlon et Reille sont aux prises avec la première ligne de l'ennemi. La garde continue sa marche en avant, malgré la mitraille que viennent lui lancer, sur sa gauche, à trois cents pas, une batterie anglaise et l'une des batteries de Chassé ; trois bataillons de ce général viennent l'attaquer; elle les repousse et les met en désordre. Mais, tout à coup, se dresse devant elle, presque sous ses pieds, comme un mur rouge, d'où éclate un feu de mousqueterie qui ravage ses rangs. Les soldats de Maitland se sont levés au commandement de Wellington, à cheval derrière leurs rangs. Il a crié : « Debout, gardes! et visez juste! » Il n'a été que trop bien obéi! L'intrépide Michel est frappé à mort; Malet, plusieurs tffficiers supérieurs sont renversés. Entraîné par la chute de son cheval, le quatrième qui est tué sous lui dans cette terrible journée, Ney tombe. La garde hésite. Mais le brave des braves s'est déjà relevé ;

(1) Campagne de 1815, par te général Gourgaud.

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