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CHAPITRE DOUZIEME

et, à sa voix, elle se raffermit. Malheureusement, soit ordre donné, soit instinct du soldat, elle déploie pour répondre à la mousqueterie qui la décime d'instant en instant; et, par ce mouvement, elle masque les deux batteries qui l'ont suivie, qui ont pris position sur la crête du plateau, et dont le feu a, jusque-là, protégé ses flancs. Un Hollandais, un soldat formé, grandi dans nos rangs, mais fidèle au drapeau de sa patrie, Chassé saisit le moment, et, à la tête d'une demi-brigade en colonnes serrées, charge la gauche de la garde, baïonnettes croisées; Wellington pousse en avant la brigade de Maitland. Mitraillée, fusillée, réduite à quinze ou seize cents hommes, la garde recule, sous la pression du nombre; mais elle recule en combattant, lentement, en bon ordre, sans être entamée. Viennent les bataillons si longtemps laissés à la Haie-Sainte, et elle reprendra l'attaque.

Mais ils ne doivent pas venir.

Le soleil, resté caché jusque là, projette ses derniers rayons à travers les arbres qui bornent l'horizon versBraine-l'Àlleud.

Il est près de huit heures.

Un péril immense s'est produit, depuis quelques instants, à l'angle de la ligne brisée en équerre sur laquelle combat l'armée française, de Goumont à Papelolte, de Papelotte à Plancenoit.

Marcognet, qui couronnait le plateau, Durutte, qui disputait la Haie au prince de Saxe-Weimar, viennent d'être subitement assaillis par deux fortes colonnes d'infanterie débouchant sur cette ferme. Comme leurs soldats, ils les ont prises, d'abord, pour des troupes de Grouchy ; car elles se sont fusillées avec les bataillons du prince de Saxe-Weimar, et les ont rompus, dispersés; mais leur erreur a été courte. Ils plient, maintenant, sous de nouveaux adversaires. Durutte abandonne Papelotte; Marcognet redescend la pente du plateau; Lobau est menacé d'être pris à revers; une vaste trouée va s'ouvrir dans la ligne française. Des cris d'alarme se sont fait entendre;

le trouble s'est mis dans les divisions de Durutte et de Marcognet ; des centaines de leurs soldats ont déjà quitté les rangs et arrivent, éperdus, jusqu'à la Belle -Alliance. Trente- deux bouches à feu en batterie sur la crête du plateau foudroient les bataillons en retraite à travers le vallon ; une masse de cavalerie paraît. C'est la division Steinmetz, avant-garde du corps de Zieten, qui a fait ainsi irruption sur le champ de bataille ; c'est la cavalerie de ce corps qui l'appuie immédiatement. Bliicher la conduit (1).

A cette vue, Napoléon arrête les quatre bataillons de la garde, qui s'ébranlaient, enfin, pour marcher aux Anglo- Hollandais. Un changement de front leur est ordonné ; ils font face à droite, la gauche vers la Haie-Sainte, la droite vers la Belle-Alliance; immédiatement après, chaque bataillon se forme en carré.

Napoléon espère rallier sur cette ligne les troupes de Marcognet et de Durutte, qui continuent à reculer, dont les fuyards augmentent à chaque instant.

Espérance éphémère! Des hauteurs dominant la Haie-Sainte, les divisions Donzelot et Quiot ont vu la marche victorieuse

(1) Les Mémoires de Sainte-Hélène (t. IX, p. 142) disent « qu'il était nuit » quand se produisit cette attaque.

Le bulletin prussien et les écrivains de Prusse la placent, au contraire, a sept heures et demie. Cela ne suffirait pas pour prouver l'inexactitude des Mémoires. Mais elle est mise hors de doute par les relations anglaises. Malgré tout le désir, qui y perce, de iàire la plus forte part dans le succès à l'armée de Wellington, ces relations conviennent, en effet, que ce fut vers sept heures et demie que Papelotte fut emporté par Zieten.

Le général Vincent, commissaire près de Wellington, et peu disposé, sans doute, en sa qualité d'Autrichien, à exagérer l'importance de l'intervention prussienne, dit, dans son rapport : « La tête du Ier corps prussien (Zieten) atteignit la Haie vers sept heures environ. »

Du reste, Napoléon, dans sa première relation (Campagne de 1815, par Gourgaud), a écrit : « 11 était de sept heures et demie à huit heures, un cri d'alarme se fit entendre ; Bliicher, avec le corps de Zieten, aborda le village (ferme) de la Haie (Papelotte), qui fut aussitôt enlevé. »

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