CHAPITRE D0UZIE3IE
des Prussiens, la retraite qui s'opère à droite de la chaussée, le désordre qui s'y manifeste; elles sont étonnées, hésitent, reculent.
En ce moment, les Anglo-Hollandais ont formé plusieurs colonnes et prononcent une vigoureuse attaque.
Dès qu'il a vu l'entrée en ligne de Zieten, Wellington a ordonné, en effet, un mouvement général en avant; et cet ordre s'exécute. Bientôt, notre centre et notre gauche sont violemment refoulés. Les soldats de Quiot, de Donzelot précipitent leur retraite; la Haie-Sainte est abandonnée; des rangs entiers se débandent; la confusion du reste est imminente. Les bataillons de la garde qui ont continué, en débris, leur lutte héroïque sur la pente du plateau, le corps de Reille, sont entraînés dans le mouvement rétrograde. Mais ils restent en ordre et cèdent lentement le terrain. Reille dispute la partie inférieure du bois de Goumont. Ney fait replier, à gauche de la chaussée, l'infanterie mutilée de la garde et en forme deux carrés vers la Belle-Alliance.
L'œil en feu, la bouche écumante, les vêtements criblés de balles, souillés de sang et de boue, il excite tout le monde au devoir. « C'est ici, s'écrie-t-il, la clef de l'indépendance nationale; il faut y tenir jusqu'au dernier. » Et, dans son exaltation furieuse, rencontrant d'Erlon, qui s'épuise à rallier, à raffermir ses soldats, il lui dit : « Toi et moi, si la mitraille anglaise nous ménage, nous sommes sûrs de notre sort : nous serons pendus. »
Depuis le commencement de la journée, Wellington, on l'a vu, avait laissé sur son extrême gauche, pour la flanquer, les brigades Vivian et Vandeleur, leur donnant l'ordre de rallier le centre de l'armée, dès l'approche des escadrons de Zieten. Elles avaient exécuté ce mouvement sans perte de temps; et le général anglais venait de les diriger, la première à droite de la Haie-Sainte, la seconde à gauche de Goumont. Elles comptaient deux mille cinq cents chevaux bien reposés.
Le mouvement rapide de la cavalerie de Vivian achève de désorganiser les divisions Quiot et Donzelot ; leurs fuyards se jettent à travers les carrés de la garde et refluent au loin en arrière de la Belle-Alliance. Des batteries sont abandonnées. Napoléon tente d'arrêter les escadrons anglais en lançant contre eux ses escadrons de service. Trop faibles, ces derniers sont culbutés. Le brave Guyot, qui les a conduits, tombe grièvement blessé. Quelques poignées de dragons, chasseurs, lanciers, cuirassiers, restes de la cavalerie de réserve, reprennent la charge et sont tout aussi malheureux. Les carrés de la garde ne se laissent pas ébranler : ils repoussent Vivian par la puissance de leur feu. Celui-ci les tourne, alors, et galope plus loin pour sabrer les fuyards. Mais son infructueuse tentative va être reprise : des masses de cavalerie, d'infanterie, d'artillerie anglo-hollandaises arrivent sur les carrés. Déjà, les brigades Adam et Lambert se fusillent avec eux.
Assailli, sur sa droite, par Vandeleur, pressé, sur le reste de sa ligne, par l'infanterie, Reille abandonne complètement le bois de Goumont. Deux ou trois de ses bataillons ne résistent pas au choc de la cavalerie et se débandent; mais les autres, quoique bien réduits, continuent à se maintenir en ordre; et ils atteignent, en combattant, le rideau des hauteurs de la Belle-Alliance.
A droite de la chaussée de Bruxelles, les circonstances sont devenues plus désastreuses encore.
Ney s'y est porté. Monté sur un cheval d'emprunt, tête nue, un tronçon d'épée à la main, il aperçoit quelques centaines de fantassins, débris de deux régiments ralliés, dans un pli de terrain, par Durulte. Il les rejoint. « Venez, suivez-moi, mes camarades, leur crie-t-il ; je vais vous montrer comment meurt un maréchal de France, sur le champ de bataille (i). — Vive
(1) Ce furent les propres paroles du maréchal. Nous les rapportons d'après une note écrite par on officier supérieur. Nous y lisons : « Ces