‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 153 sur 261 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

le maréchal Ney! » répondent ces braves tout d'une voix ; et ils le suivent. Mais, au moment où ils paraissent hors du pli de terrain, ils se trouvent en face des brigades de Kempt, de Pack, de Bylandt, de Best; ils reçoivent un feu terrible, auquel se mêle la mitraille de plusieurs pièces; la cavalerie prussienne se précipite sur eux, les renverse, les sabre; quelquesuns seulement échappent au carnage et trouvent un asile dans un carré de la garde, qui s'ouvre pour les recevoir. Ney est tombé sous son cheval tué; mais il n'est atteint d'aucune blessure. La mort ne doit pas le prendre là.

Du corps de d'Erlon, il ne reste plus, maintenant, un seul bataillon, une seule compagnie en ordre; l'artillerie tout entière est aux mains de l'ennemi.

Sur Plancenoit, la position est presque désespérée. Deux divisions du corps de Pirch I sont venues y renforcer Bùlow, à sept heures et demie; et, depuis lors, Lobau, Duhesme, Morand sont en butte aux attaques les plus violentes, continuellement répétées.

Déjà tournées par le mouvement de Zieten, débordées par la cavalerie du prince Guillaume, de Pirch I, que ne contiennent pas suffisamment les escadrons, trop diminués, de Domon et de Subervie, les deux faibles divisions de Lobau sont refoulées. Quelque désordre s'est produit dans leurs rangs; cependant, elles continuent de combattre.

Dans toute l'étendue de Plancenoit et sur les bords du ruisseau, dix-huit bataillons prussiens sont engagés, maintenant, contre les onze bataillons de Duhesme et de Morand et les font plier. Ils viennent d'enlever l'église et le cimetière, malgré la plus énergique résistance; et ils avancent toujours. Dans les jardins, les vergers, les rues, les maisons, la lutte est furieuse : on se fusille, on se massacre avec une rage qui

paroles, je les ai très-distinctement entendues; elles ne sortiront jamais de ma mémoire. »

rappelle Ligny. Mais la disproportion est trop grande; le nombre va l'emporter.

Après l'impuissante tentative de ses escadrons de service, Napoléon s'était porté au galop près des deux bataillons (1er régiment) de grenadiers de la garde laissés en position sur les hauteurs de Rossomme; et, lançant, de là, tous ses officiers à travers les fuyards, s'adressant lui-même aux soldats courant éperdus vers Genappe, il s'était efforcé de les rallier sur ces deux redoutes vivantes, immobiles au milieu de l'épouvante qui les entourait. Mais ses efforts, ceux de ses officiers et des officiers de troupes, arrêtés à sa voix, par sa présence, avaient échoué. Le soldat, qui avait cru à l'arrivée de Grouchy et reçu le choc de Zieten; le soldat, nourri de soupçons de trahison, qu'avaient augmentés les défections récentes, était persuadé qu'il était victime d'une trame odieuse, que tout était perdu; et sourd à tous les appels, il avait continué, il continuait à fuir. La chaussée, encombrée de canons, de voitures d'artillerie,^d'ambulances, les unes en marche, les autres abandonnées, renversées, laissait à peine l'espoir de sauver une partie du matériel de l'armée.

Les charges de la cavalerie anglaise, puis de celle de Zieten sur la masse des fuyards de toutes armes avaient bientôt porté au comble la terreur et la confusion.

Napoléon, alors, s'était éloigné, se dirigeant, à travers champs, vers Genappe, où il espérait encore, sans doute, pouvoir rallier au moins une arrière-garde.

Il était près de neuf heures; la nuit allait se faire. Des hauteurs de Rossomme, on entendait encore le bruit du combat que soutenaient, vers la Relie-Alliance, les carrés de la garde, battus en brèche par l'artillerie, fusillés par l'infanterie, chargés par la cavalerie. Ce bruit, violent tout à l'heure, diminuait rapidement; il cessa. Les carrés étaient rompus; la moitié des officiers et des soldats était hors de combat; un petit nombre, prisonnier; le resle, dispersé par des chocs mul-

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