‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 155 sur 261 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

aval de Genappe; il aurait même disparu si, dans la journée, on eût construit quelques ponts de chevalets. Malheureusement, aucune des faciles précautions qu'indiquait la prudence la plus vulgaire n'avait été prise. Aucun pont n'avait été jeté; pas un escadron, pas un peloton organisés, pas un officier d'état-major ne s'étaient trouvés pour jalonner, indiquer les traverses conduisant à Ways et à Thy, pour y diriger une partie des voitures. Aussi, toutes avaient continué à suivre la chaussée et bientôt l'avaient encombrée. Alors, les conducteurs, effrayés, avaient coupé les traits de leurs attelages et s'étaient enfuis à travers champs.

A la hauteur de Genappe, la Dyle, même après de très-fortes pluies, n'est un obstacle, par ses eaux, ni pour la cavalerie, ni pour l'infanterie, et ses berges n'en sont un que pour les voitures; les fuyards auraient donc pu la passer rapidement. Mais, frappés de vertige, ils s'étaient précipités dans le village, comme s'ils eussent dû y trouver un asile assuré contre l'ennemi et s'y étaient entassés dans le plus affreux pêle-mêle. Les flots delà déroute continuaient à s'amonceler ainsi, quand Napoléon, n'ayant pour toute escorte qu'un faible groupe d'officiers, arriva sur Genappe. Il voulut y pénétrer et s'engagea dans la cohue.

Rétablir un peu d'ordre dans cet immense désordre, former seulement une arrière-garde de quelques centaines d'hommes lui parut une œuvre impossible : il se résigna à suivre les débris de l'armée, et, au bout d'une heure, les vagues de la foule le poussèrent comme une épave hors du village.

Précédé, escorté par le tumulte, il gagna les Quatre-Bras.

Le lieutenant général d'artillerie Nègre y était arrivé depuis le matin avec la presque totalité du grand parc.

Napoléon lui donna l'ordre bien tardif de faire retourner, sur-le-champ, tout ce matériel à la frontière. Simultanément, il expédia à Grouchy un officier pour le prévenir de la perte de la bataille et lui prescrire de battre en retraite. Il était fort troublé, a-t-on dit. Cela paraît bien probable, car il oublia

d'indiquer sur quel point il entrait dans ses vues que le maréchal dirigeât sa marche (1).

En ce moment, s'il faut l'en croire, des officiers qui avaient été envoyés du champ de bataille pour aller prendre la division Girard, laissée, la veille, à Ligny, et la faire avancer jusqu'aux Quatre-Bras, revinrent et annoncèrent qu'ils n'avaient pu la trouver.

Napoléon, après une courte halte, poursuivit sa route vers Charleroi.

Cependant, Gneisenau avait marché sur Genappe, ne rencontrant aucun obstacle autre que les voitures abandonnées, et la masse des cavaliers montés et démontés, des fantassins harassés, des blessés de tous grades, de toutes armes, confondus dansia déroute, embarrassés danslacommuneépouvante; masse informe qui n'opposait d'autre résistance au sabre de la cavalerie, que sa confusion même et, par moments, quelques coups de fusil tirés par des hommes restés inaccessibles à la crainte, malgré l'immense désastre.

Vers le milieu de la nuit, le général prussien arriva sur les hauteurs en deçà de Genappe avec ses nombreux escadrons et de l'artillerie. Il fit immédiatement fouiller le village et le vallon à coups de boulets et d'obus; et attendit l'arrivée de son infanterie. Elle était proche.

Au premier bruit du canon, les fuyards, accumulés dans Genappe, reprirent leur course, s' échappant par toutes les issues, et le torrent de la déroute acheva de s'écouler rapidement.

Des hommes de cœur, voyant diminuer le tumulte, voulurent organiser une résistance qui arrêtât, pour quelques instants au moins, la marche de l'ennemi. Ils parvinrent à rallier, çà

(1) « L'officier qui me l'apporta (la nouvelle de la perte de la bataille) me dit que Votre Majesté se retirait sur la Sambre, sans pouvoir préciser sur quel point il entrait dans ses vues que je me dirigeasse. » (Rapport du maréchal Groucliy à Napoléon, en date du 20 juin.)

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