‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 156 sur 261 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

et là, quelques groupes d'officiers, de soldats de toutes armes. Mais ce fut en vain. Dès que l'infanterie prussienne s'approcha, tout se débanda encore. Le brave Lobau, qui avait réuni deux ou trois cents hommes et les menait au combat, fut ainsi abandonné et fait prisonnier.

Genappe était rempli de nos blessés. Les Prussiens, furieux, en massacrèrent beaucoup impitoyablement. Duhesme fut une de leurs plus nobles victimes. « Ce crime est resté impuni ! » s'écrie Napoléon dans ses Mémoires. Cela n'est que trop vrai. Mais avait-il le droit de flétrir cette atrocité, celui qui n'avait pas même blâmé le général Roguet menaçant, le jour de Ligny, de faire fusiller le premier grenadier de la garde qui lui amènerait un Prussien prisonnier?

A Genappe, et auprès, furent pris un nombre considérable de voitures d'artillerie, d'administration, la plupart des équipages des généraux, de Napoléon et de sa suite, la voiture même dans laquelle il était venu de Paris, qui avait échappé au désastre de Russie, et contenait des vêtements et une épée appartenant au vaincu (1). Une sanglante ironie de la fortune fit trouver, dans un fourgon aux armes impériales, des liasses d'une pièce imprimée en France, mais datée du « palais impérial de Laeken (2). » C'était une proclamation adressée « aux Belges et aux habitants de la rive gauche du Rhin. »

Dans son orgueilleuse présomption, Napoléon leur disait : « Le succès éphémère de mes ennemis vous a détachés, pour un momenl, de mon empire. Dans mon exil, sur un rocher au milieu des mers, j'ai entendu vos plaintes. Le Dieu des batailles a décidé du destin de vos belles provinces; Napoléon est parmi vous. Vous êtes dignes d'être Français.

(1) Fleury de Chaboulon dit que, dans celte voiture, se trouvait aussi « le superbe collier de diamants qu'avait donné à Napoléon la princesse Borgbèse (Pauline Bonaparte). »

(2) Ce palais est à une demi-lieue de Bruxelles. Il sert actuellement de résidence au roi des Belges.

Levez-vous en masse, rejoignez mes invincibles phalanges pour exterminer le reste de ces barbares qui sont vos ennemis et les miens. Us fuient avec la rage et le désespoir au cœur (\). *

Il y avait longtemps que les prédictions de l'envoyé de la Providence, comme avaient parlé les évêques de France et le pape, rencontraient ainsi le démenti impitoyable des événements.

Arrêtés, un moment, par le riche butin tombé en leur pouvoir, les Prussiens ne tardèrent pas à reprendre la poursuite de notre malheureuse armée. La lune s'était levée, et sa clarté favorisait leur course à travers nos débris. « Ce n'était qu'une chasse continuelle, a dit le bulletin prussien avec une lamentable vérité; ceux qui voulaient se reposer, ne s'attendant pas à être si vivement poursuivis, furent repoussés successivement de plus de neuf bivacs; dans quelques villages, ils cherchèrent à tenir ; mais, aussitôt qu'ils entendaient le son du tambour ou des trompettes, ils lâchaient pied ou se jetaient dans les maisons, et, là, ils étaient taillés en pièces ou faits prisonniers. »

Us en étaient donc venus au dernier degré delà démoralisation, ces soldats si intrépides, si admirables de constance, de dévouement, pendant la longue journée où ils avaient combattu à nombre égal d'abord, à nombre bien inférieur ensuite, livrant, recevant bataille sur leur front et sur leur flanc! Qu'avail-il manqué, cependant, à leur héroïsme, pour ne pas donner au monde le spectacle d'une si affreuse déroute, à nos annales une si triste page? Rien, si ce n'est un chef moins obstiné dans son aveuglement, qui les eût retirés, à temps, d'une lutte devenue impossible.

Au milieu de l'épouvante générale, il y eut bien des traits d'héroïsme militaire. Us appartiennent à l'histoire. Ney, meurtri, contusionné, harassé, marchant péniblement sur la terre

(1) Celle proclamation élail signée Napoléon, el conlre-signée Bertrand.

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