‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 157 sur 261 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

fangeuse, sans un officier, sans une ordonnance, reçut le secours d'un homme ignoré, d'un soldat qui servit d'appui à sa fatigue, et le quitta seulement quand un autre dévouement vint lui offrir une aide nouvelle et plus sûre. Au delà de Genappe, le major Schmidt, de la division Lefebvre Desnouettes, mit pied à terre devant le héros de la Moscowa, le hissa sur son cheval et assura le salut de son chef, au risque de sa propre vie (1).

Le général Durutte, le front sillonné d'un coup de sabre, aveuglé par le sang qu'il perdait, le poignet droit mutilé, errait, au hasard, emporté par sa monture. Un maréchal des logis de cuirassiers s'attacha à lui, le guida et ne l'abandonna qu'après l'avoir mis en sûreté, au delà de la frontière.

Les conducteurs de l'artillerie, du train des équipages, avaient, presque tous, dételé leurs chevaux, coupé les traits, abandonnant sur la route, dans les terres, pièces et canons, voitures et blessés. Mais plusieurs, fermes jusqu'au bout dans le devoir, revinrent, se frayant un chemin à travers la confusion et les embarras de tous les genres, et sauvèrent le matériel et les soldats mutilés, confiés à leur courage.

Deux drapeaux avaient été perdus sur le champ de bataille, au commencement de l'action. Il n'en fut perdu aucun autre. Dans la foule de ces cavaliers, de ces fantassins débandés, marchant, courant pêle-mêle, les uns encore armés, les autres ayant jeté, brisé sabres et fusils, sous l'action de la colère, du désespoir, de la terreur, on apercevait, çà et là, à la pâle clarté du ciel, de petits groupes d'officiers de tous grades, de soldats spontanément serrés autour de l'étendard de chaque régiment et s'avançant, sabre en main, baïonnette au fusil, résolus, imperturbables, au milieu du désordre général. « Place au drapeau! » criaient-ils quand la cohue arrêtait leur marche; et, presque toujours, ce cri suffisait pour que les mêmes hommes

(1) Lettre du maréchal Ney à Fouché, en date du 26 juin 1815,

qui étaient devenus sourds à tout appel du commandement, de la discipline, s'écartassent devant eux, leur ouvrant passage. Glorieux représentants de l'honneur militaire, ils eurent à subir bien des fois, il repoussèrent toujours les attaques de l'ennemi, et sauvèrent ainsi leurs drapeaux vaincus des atteintes du vainqueur.

La poursuite cessa seulement quand se fit le jour. En ce moment, les escadrons les plus avancés, conduits par le prince Guillaume de Prusse, arrivaient un peu au delà de Frasnes, à hauteur de l'auberge qui est sur la chaussée et dont renseignées! : «A l'Empereur. » Gneisenauleurordonnades'arrêteret fit sonner le ralliement sur toute la ligne. La masse de son infanterie atteignait les Quatre-Bras; il lui envoya l'ordre de faire halte aussi. Toutes ces troupes, épuisées de fatigue, avaient besoin d'un repos de quelques heures. Cet épuisement fut le salut de bien des nôtres.

L'armée française avait disparu. Gagnant les points où ils avaient passé la Sambre, quatre jours auparavant, les soldats de Reille et de d'Erlon s'étaient jetés dans la direction de Marchienne, ceux des autres corps dans celle de Charleroi.

Avant le lever du soleil, Napoléon parvint à ce dernier point. Des fuyards, surtout des cavaliers restés montés l'y avaient précédé. Le trouble était déjà dans la ville. Napoléon la traversa sans s'y arrêter et alla faire une courte halte au delà de la Sambre, dans la prairie de Marcinelle. On lui amena de Charleroi deux mauvaises voitures. Il monta dans l'une avec Bertrand, désigna quatre ou cinq de ses officiers pour monter place dans l'autre, et se dirigea sur Philippeville, sans un seul cavalier d'escorte.

Il n'avait pris aucune disposition pour faciliter, assurer la retraite des équipages de pont, des voitures de vivres, des blessés du 16 juin, réunis à Charleroi, des fuyards. Aussi, tout y tomba-t-il bientôt dans une confusion hideuse. Les équipages de pont, d'autres voitures d'artillerie furent aban-

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