‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 158 sur 261 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

donnés par les soldats du train ; les chariots chargés de pain, de farines, de vin, d'eau-de-vie furent pillés par la foule affamée, renversés aux abords de la ville, dans les rues ; le trésor même de l'armée, une somme de six millions, fut violé, dispersé en des milliers de mains; et, la foule augmentant, vivres et or furent disputés à coups de baïonnette, de sabre et de fusil. C'étaient les horreurs de Vilna aux portes de la France.

Dans la matinée de ce jour, Bliicher eut son quartier général à Genappe. Wellington avait gardé le sien à Waterloo. Il data de ce village le bulletin de la victoire qui a reçu de cette circonstance fortuite le nom sous lequel elle est inscrite dans l'histoire.

Le général anglais a dit de la journée du 18 juin, qu'elle avait « été une journée de géants (1). » On ne saurait la qualifier plus justement. Jamais armées ne s'étaient livré de plus furieux, de plus sanglants assauts. Mais, malheureusement pour la France, jamais, non plus, armée française n'avait subi défaite si terrible, si funeste.

Après avoir appris à nos légions les victoires foudroyantes qui jettent les plus grandes puissances à la merci du vainqueur, Napoléon ne leur enseignait plus que les désastres.

Il a voulu consoler la France plongée dans la douleur, en exaltant la valeur de ses soldats. On ne l'exaltera jamais assez si on veut leur rendre justice pour cette fatale rencontre ; car, huit heures durant, ils firent preuve d'un dévouement, d'une intrépidité qui ont pu être égalés, mais qui ne furent ni ne seront jamais surpassés ; car c'est sur leur chef et non sur

(1) Lettre datée du 26 juin et adressée au maréchal Schwarlzenberg. (The dispatchcs, etc.)

Dans une lettre du 20 juin, Wellington disait à Dumouriez, le traître de 1795 : « Jamais je n'ai vu une telle bataille que celle d'avant-bier, ni n'ai remporté une telle victoire. »

eux-mêmes que doit retomber la responsabilité de la déroute qui renversa leurs drapeaux. Plus d'une fois, comme à Waterloo, ils avaient combattu contre des forces bien supérieures et la victoire leur avait échappé ; mais, leur chef ayant eu la sagesse de ne pas s'obstiner dans une lutte devenue impossible, ils avaient évité la déroute et opéré leur retraite en bon ordre.

Avec plus de prévoyance et moins d'obstination chez Napoléon, le 48 juin, il en aurait été ainsi.

La victoire coûtait cher à Wellington et à Blucher, au premier surtout qui avait soutenu la lutte la plus longue.

Les Anglais comptaient 8,358 hommes blessés et tués; les Hanovriens, 2,228 ; les Hollando-Belges, 3,178 ; les Brunswickois, 687 ; le contingent de Nassau (brigade Von Kruze), 643. C'était une perte totale de 15,094 hommes (1), du quart à peu près des troupes engagées. Sept cents officiers, parmilesquels douze généraux, étaient hors de combat.

La perte des Prussiens s'élevait à 6,999 tués et blessés (2), presque tous du corps de Bulow.

Témoignage terrible de la valeur française : les armées de Wellington et de Blucher étaient diminuées de vingt-deux mille hommes.

Notre armée avait encore plus souffert. On a diversement évalué ses pertes, les circonstances qui suivirent la défaite ayant empêché de les constater exactement. Napoléon, qui en

(1) Rapport de Wellington. — Situations oflicielles hollandaises (Archives du ministère de la guerre, à la Haye). — Geschichtc des herzoglich Brunschweiyschen armée corps, etc. — History of tlie kin'gs german légion, by Beamish.

(2) Wagner, Damilz. On peut regarder ce chiffre comme un maximum ; car les écrivains prussiens sont plus disposés à exagérer qu'à diminuer les pertes de l'armée prussienne, dans la journée du 18 juin, préoccupés, comme ils le sont, de lui faire la part la plus grande possible dans la victoire.

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