‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 16 sur 261 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

dations, les instructions, les instances, les ordres. A aucune époque il n'écrivit davantage. Les circulaires succédèrent sans relâche aux circulaires, les décrets aux décrets, les arrêtés aux arrêtés. Pour en presser l'exécution, on envoya même dans les départements des commissaires extraordinaires. Mais tout cela fut de très-médiocre effet. Ces commissaires, généralement mal choisis, n'inspirèrent pas aux fonctionnaires de l'Empire l'énergie dont ils manquaient eux-mêmes.

La garde nationale de Paris était de 50,000 hommes organisés en douze légions et quarante-huit bataillons. On n'y avait admis que des citoyens de la classe bourgeoise, pères de famille, pour la plupart, et d'âge plus ou moins mûr. Bon pour un service de police, d'ordre intérieur, ce corps valait peu pour défendre la capitale, si la guerre y amenait encore les armées étrangères. Il aurait donc fallu lui retirer tous les citoyens vigoureux, énergiques et en former une ou deux légions spéciales propres à une défense active; il aurait fallu aussi organiser, armer les jeunes gens, la classe ouvrière, les hommes au cœur chaud, aux mains calleuses, aux bras forts.

Dans ses continuelles frayeurs de la démocratie, Napoléon ne l'osa pas. Après avoir longtemps hésité, il prit une demimesure, et, après l'avoir prise, ne la mena pas même à exécution complète.

Le 18 mai, il décréta la formation de vingt-quatre bataillons de tirailleurs de la garde nationale, destinés à recevoir la partie de la population exclue des légions de cette garde, et principalement les membres de la fédération parisienne.

Quatorze ou quinze mille hommes y entrèrent bientôt. Ils choisirent parmi eux leurs sous-officiers ; leurs officiers et leur commandant en chef furent pris dans l'armée et nommés par l'empereur. Si l'on se fût empressé de donner solde, habillement, équipement, armement à ces volontaires, de les exercer, le nombre s'en serait accru avec rapidité. Mais on se borna à leur distribuer, au bout de quinze jours, trois mille fusils, à les

réunir une fois par semaine, le dimanche. On les découragea ; et les enrôlements s'arrêtèrent, tandis que la seule fédération de Paris aurait pu les porter à quarante mille.

Un jour, les fédérés avaient défilé aux Tuileries, en masses nombreuses.

Vêtus encore de leurs habits de travail, coiffés de la casquette populaire, l'air martial et résolu, ils avaient rappelé à l'homme de Brumaire que beaucoup, parmi eux, « avaient fait la guerre de )2l liberté et celle de la gloire (1); » ils avaient demandé des armes. Napoléon leur en avait promis. La promesse ne fut pas tenue.

Dans leurs acclamations et dans leur âme, la nation et la liberté passaient avant l'empereur. L'empereur se défia d'eux et laissa, sans l'utiliser, le patriotisme de cette foule d'hommes qui, derrière des retranchements, auraient tenu la place de soldats indispensables ailleurs.

A la formation de vingt-quatre bataillons de tirailleurs et de quelques compagnies de canonniers volontaires recrutées dans les écoles, les lycées et lajeunessedela bourgeoisie, se réduisit l'organisation de la partie de la population parisienne réellement apte à une défense active de la ville.

A Lyon, de semblables compagnies et douze bataillons de tirailleurs furent créés en même temps. Mais ceux-ci ne furent pas mieux armés qu'à Paris.

Ces mesures, il faut le répéter, se prenaient deux mois après le retour de Napoléon à Paris. On eût dit qu'il était sûr de ne pas avoir à compter avec la coalition avant une année.

Le gouvernement impérial commença à s'occuper bien tard aussi du matériel de l'armée; mais il y mit plus d'activité qu'an personnel.

Le 1" avril 1 SIS, il y avait cent cinquante mille fusils dans

(1) Ce sont les termes mêmes de l'adresse présentée, le 14 mai, par tea fédérés, a Napoléon, dans la cour des Tuileries.

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