‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 17 sur 261 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

les magasins de l'État et trois cent mille à réparer ou en pièces de rechange. Les armes blanches étaient en quantités considérables. Les manufactures nationales produisaient vingt mille fusils par mois.

L'artillerie donna aux entrepreneurs les avances dont ils avaient besoin; elle autorisa ses agents à recevoir des armes de modèle mixte à platine plus simple que celle du modèle de 1777; elle fit couler des platines en cuivre et rétablit l'atelier des platines à l'estampe. Par ces moyens, la production, en fusils neufs, fut portée de vingt mille à quarante mille par mois.

On créa à Paris, vers le milieu du mois d'avril, dix grands ateliers : les premiers pour le montage des pièces de rechange, les seconds pour la réparation des vieux fusils, les troisièmes pour la fabrication des armes neuves. En juin, on y occupait près de six mille ouvriers ébénistes, horlogers, ciseleurs, mécaniciens, etc. Les officiers d'artillerie montrèrent tant de zèle dans la direction de ces ateliers, que, dès le mois de mai, on en tira, par jour, mille fusils tant neufs que réparés , et, en juin, quinze cents; chiffre qui s'augmentait à mesure que les ouvriers se formaient à ce genre de travaux et qui devait s'élever progressivement jusqu'à trois mille.

Dans les principales places fortes, on établit aussi des ateliers pour la réparation des vieux fusils.

Vers la mi-juin, on avait ainsi fabriqué ou réparé 1 80,000 ou 190,000 fusils qui, ajoutés aux ISO, 000 existant en magasin, le 1er mars, donnaient un total de 550,000 ou 540,000 armes. Il en fallait 40,000 pour les enrôlés volontaires, pour les fantassins revenus sous les drapeaux depuis le décret du 9 avril; 150,000 pour les gardes nationales actuellement mobilisées, 45,000 pour les militaires venus de la retraite et de la réforme et pour les anciens matelots. Le reste, ou 100,000 environ, augmenté d'une production journalière de 5,000 ou 4,000, fournirait la réserve nécessaire aux troupes en ligne et ser-

virait à armer les bataillons de garde nationale à mobiliser encore et les conscrits de 1815.

Les gardes nationales sédentaires possédaient une quantité considérable de fusils. On peut l'évaluer à deux cent cinquante mille, même en réduisant beaucoup les estimations hypothétiques qui en ont été faites. C'était une ressource facile à utiliser en retirant, pour les donner aux gardes nationaux mobilisés, les armes distribuées à des citoyens impropres à un service actif et de patriotisme douteux.

Enfin, il y avait des milliers de fusils dans les campagnes de l'Est et du Midi, où les paysans les avaient ramassés, l'année précédente, à la suite de nos troupes. On venait d'en faire rentrer un assez grand nombre dans les arsenaux ; mais ce nombre pouvait s'accroître journellement.

Le matériel d'artillerie était suffisant pour les besoins des plus grandes armées et pour réparer les pertes de plusieurs campagnes.

Les barnais pour clievaux de trait n'étaient ni en nombre complètement suffisant, ni en très-bon état; mais on mit assez d'activité aux réparations et aux confections, pour avoir, dans les premiers jours de juin, soixante-quinze batteries en ligne, et une vingtaine d'autres en organisation assez avancée.

Les poudres et les projectiles ne manquaient pas. Cependant, on fit travailler activement aux poudreries et aux forges.

Le service de l'habillement présentait des difficultés. Les manufactures de drap militaire, très-nombreuses avant la paix, avaient beaucoup diminué depuis ; et celles qui étaient restées avaient considérablement réduit leur fabrication. Au commencement d'avril, le trésor fit des avances aux fabricants. Mais ils eurent besoin d'un mois pour remettre leurs ateliers en activité et se procurer les matières premières. Cependant, à peu d'exceptions près, les régiments purent babiller les hommes qui rentrèrent dans leurs rangs; car le nombre n'en

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