‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 165 sur 261 · CHAPITRE TREIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIEME

ration principale destinée à être poussée à fond; et elle le garda sous les yeux de Napoléon. Avant cinq heures du soir, le corps tout entier de Reille avait fini par s'entasser autour d'une position qui fut constamment défendue par des forces numériquement inférieures, en sorte que la diversion fut à l'avantage de l'ennemi et que l'infanterie manqua pour appuyer la cavalerie conduite par Ney au plateau.

L'attaque même de Goumont fut conduite avec la plus étrange imprévoyance. On ne se renseigna pas sur la force de résistance que présentaient le château, les autres bâtiments et l'enclos contigu ; et on voulut les enlever sans préparer la voie par le jeu de l'artillerie. Ce fut seulement au bout de trois heures de combat, après le sacrifice inutile d'une foule de braves, qu'on songea à concentrer le feu de quelques obusiers sur le massif des constructions, qu'on alluma l'incendie qui en chassa les Anglo-Hollandais; mais cela ne suffit pas pour leur faire évacuer le jardin, véritable réduit contre lequel échouèrent nos soldats, et dont les murs auraient été renversés de bonne heure, si l'on eût pris la vulgaire précaution de munir les sapeurs du génie de quelques pétards, de quelques sacs de poudre.

Il était important d'enlever de bonne heure la Haie-Sainte; on n'y parvint, cependant, qu'entre trois et quatre heures et après des pertes très-sensibles, parce qu'on négligea de diriger contre cette ferme les projectiles de quelques pièces qui, en peu d'instants, l'auraient incendiée, et en auraient renversé les murs.

Sur Papelotte, sur la Haie, o,n répéta les mêmes fautes.

Dans le récit de la bataille, nous avons fait remarquer l'ordonnance vicieuse de l'infanterie de d'Erlon, marchant contre l'aile gauche des Anglo-Hollandais. C'était déjà une grande faute. On l'aggrava en ne faisant pas soutenir immédiatement par de la cavalerie les colonnes si étrangement formées. Il était trop tard quand elles furent appuyées par la brigade Travers

et les escadrons de Jacquinot : elles avaient déjà perdu cinq mille hommes, le tiers de leur effectif.

Les récits de Sainte-Hélène passent sur cet échec de d'Erlon, comme sur un incident sans importance, Il eut, cependant, pour résultat de diminuer très-considérablement le rôle du 1er corps, dans le reste de la journée; l'étude de la bataille le prouve nettement.

Napoléon avait reconnu que l'aile gauche était la partie faible delà ligne anglo-hollandaise; lui-même l'a écrit (1); et l'ordre donné vers onze heures l'indique, d'ailleurs, suffisamment (2). Après l'insuccès de d'Erlon contre cette aile, Napoléon renonça, pourtant, à la forcer et dirigea la principale attaque contre le centre.

Les attaques au centre sont généralement les plus fécondes en conséquences avantageuses ; mais, en revanche, elles sont généralement les plus difficiles , les plus longues. Aussi, les emploie-t-on rarement, au cas seul où l'on n'est pas pressé par le temps , où la grandeur du résultat probable rachète l'excès des difficultés à vaincre.

Or, à Waterloo, le centre, on l'a vu, était la partie la plus forte de la ligne anglo-hollandaise; le but à atteindre était de s'emparer de la route de Bruxelles, de rejeter Wellington sur Braine-l'AUeud, de l'éloigner de Blùcher; en outre, dès une heure après midi, Napoléon connaissait la présence de Bùlow à Chapelle-Saint-Lambert , et l'arrivée d'autres corps prussiens était à prévoir, à redouter. Toutes ces considérations réunies auraient dû démontrer qu'il fallait renouveler sur-lechamp, au moyen des réserves, l'attaque portée contre l'aile gauche des Anglo-Hollandais, précipiter le dénoûment et ne pas se jeter dans les difficultés, les lenteurs d'une attaque cen-

(1) « La partie de la ligne anglaise entre la Haie-Sainte et la Haie parut à l'empereur plus faible que partout ailleurs. » (Campagne de 1815, par le général Gourgaud.)

(2) Nous avons reproduit cet ordre, p. 251-25-2.

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