‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 166 sur 261 · CHAPITRE TREIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIEME

traie. On s'y jeta au contraire ; on s'y acharna, et ce ne fut pas la moindre cause de la catastrophe.

Jusqu'à l'apparition de Biïlow à Chapelle-Saint-Lambert, Napoléon regarda comme impossible l'intervention d'aucun détachement de l'armée prussienne sur le champ de bataille de Mont-Saint-Jean ; et il crut obstinément ensuite que l'entrée en ligne de ce général était le terme suprême des efforts de Bliïcher pour appuyer les Anglo-Hollandais.

Il est difficile de ne pas voir encore une faute dans les dispositions prises pour résister à Bùlow. Si Lobau, au lieu de l'attendre en deçà du bois de Paris, eût occupé le défilé de Lasne, il l'aurait contenu longtemps, peut-être même l'auraitil empêché de déboucher, jusqu'à l'arrivée de Pirch I.

Après avoir attaqué la gauche des Anglo-Hollandais avec de l'infanterie, sans soutien assez proche de cavalerie, après avoir échoué contre elle, on attaqua le centre avec de la cavalerie sans soutien d'infanterie; et on échoua encore. Malgré leur intrépidité, les deux divisions de Milhaud, celle de Lefebvre Desnouettes ne purent tenir sur le plateau. Elles reprirent bientôt leur attaque, furent appuyées par les deux divisions de Kellermann, par celle de Guyot; et le résultat ne fut pas meilleur.

Une pareille opération ne pouvait guère permettre une autre issue, et le pouvait d'autant moins, que l'infanterie ennemie, en grande partie soustraite au feu de nos canons par la crête des hauteurs, n'avait pas été ébranlée avant les charges des escadrons de Ney.

Aussi a-t-on blâmé l'attaque faite, renouvelée, persévérante, en des conditions si peu favorables.

Napoléon en a repoussé la responsabilité et a donné des causes de cette manœuvre deux versions différentes.

« A peu près sur les quatre heures, a-t-il écrit, il avait ordonné au maréchal Ney de se maintenir dans la Haie- Sainte, en la crénelant, et en y établissant plusieurs bataillons; mais de ne faire aucun mouvement, jusqu'à ce qu'on vît l'issue

de la manœuvre des Prussiens. Une demi-heure après, sur les cinq heures, au moment où ces derniers nous attaquaient le plus vivement, les Anglais cherchèrent à reprendre la Haie- Sainte : ils furent vigoureusement repoussés par le feu de notre infanterie et par une charge de la cavalerie; mais le maréchal Ney, emporté par trop d'ardeur, oublia l'ordre qu'il avait reçu : il déboucha sur le plateau, qui fut immédiatement couronné par les deux divisions de cuirassiers de Milhaud et par la cavalerie légère de la garde. Tous les officiers qui entouraient l'empereur, voyant ce mouvement, le succès des charges, la retraite de plusieurs carrés anglais et la cessation du feu d'une partie des batteries ennemies, chantèrent victoire et se livrèrent à la joie. L'empereur n'en jugeait pas ainsi. Il dit au maréchal Soult : « Voilà un mouvement pré- » mature qui pourra avoir des résultats funestes pour la jour- » née. » L'empereur envoya l'ordre aux cuirassiers de Kellermann de soutenir la cavalerie que nous avions sur le plateau, de peur qu'elle ne fût repoussée par la cavalerie ennemie, ce qui, dans la circonstance des affaires, eût entraîné la perte de la bataille. »

Tel est le premier récit dicté à Sainte-Hélène (i). Il fait porter, on le voit, d'une manière formelle, absolue, sur le maréchal Ney la responsabilité de l'initiative de l'attaque de la cavalerie de réserve; et il y insiste en ces termes : « L'empereur attribua principalement la perte de la bataille de Waterloo, d'une part à...; et, d'une autre part, à l'attaque que le maréchal Ney fit avec la cavalerie, deux heures trop tôt, malgré les ordres réitérés de l'empereur (2) . »

Le second récit est tout autre.

« Il y avait deux heures (3) que le comte d'Erlon s'était em-

(1) Campagne de 1815, par Gourgaud, p. 85, 86, 87, 93.

(2) Ibid,, p. 97 et 98.

(3) Ces mois se rapportent aux derniers du paragraphe précédent « il était sept heures du soir. »

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