CHAPITRE TREIZIEME
paré de la Haie, avait débordé toute la gauche anglaise et la droite du général Bulow. La cavalerie légère du ieT corps (tfErlon) poursuivant l'infanterie ennemie sur le plateau de la Haie, avait été ramenée par une cavalerie supérieure en nombre. Le comte Milhaud gravit alors la hauteur avec ses cuirassiers et fit prévenir le général Lefebvre Desnouettes, qui se mit aussitôt au trot pour le soutenir. Il était cinq heures; c'était le moment où l'attaque du général Bùlow était le plus menaçante, où, loin d'être contenu, il montrait toujours de nouvelles troupes qui étendaient sa ligne sur sa droite. La cavalerie anglaise fut repoussée par les intrépides cuirassiers' et les chasseurs de la garde. Les Anglais abandonnèrent tout le champ de bataille entre la Haie-Sainte et Mont-Saint-Jean, celui qu'avait occupé toute leur gauche, et furent acculés sur la droite. A la vue de ces charges brillantes, des cris de victoire se firent entendre sur le champ de bataille. L'empereur dit : « C'est trop » tôt d'une heure: cependant, il faut soutenir ce qui est fait. » Il envoya l'ordre aux cuirassiers de Kellermann, qui étaient toujours en position sur la gauche, de se porter au grand trot pour soutenir la cavalerie sur le plateau. Le général Bùlow menaça, dans ce moment, le flanc et les derrières de l'armée ; il était important de ne faire aucun mouvement rétrograde nulle part et de se maintenir dans la position, quoique prématurée, qu'avait prise la cavalerie (1). »
Cette version a été dictée et publiée la dernière. Napoléon y a donc donné son dernier mot sur cet épisode de la bataille ; et ce mot est une justification si complète, si absolue du maréchal Ney, que son nom même n'est pas cité. Toute responsabilité retombe sur le général Milhaud : il s'engage sans ordre, spontanément, et entraîne avec lui la division Lefebvre Desnouettes. Mais cette assertion est basée sur de telles inexactitudes, qu'il est impossible de l'accepter.
(I) Mémoires, t. IX, p. 431, 152, 133.
Ainsi, d'Erlon n'a jamais débordé ni la gauche anglaise ni la droite de Bùlow; et la cavalerie légère du 1er corps n'a pas poursuivi l'infanterie anglo-hollandaise sur le plateau de la Haie. Cette cavalerie, par conséquent, n'en a pas été ramenée par une cavalerie supérieure en nombre; et Milhaud n'a pas été poussé, par suite d'un échec imaginaire, à gravir le plateau. Il est constant, d'ailleurs, qu'aucune charge de la cavalerie de réserve ne fut menée au-dessus de la Haie; que toutes le furent à gauche de la Haie-Sainte, à une demi-lieue du premier de ces points. C'est encore une imagination que ce tableau des Anglais «abandonnant (aux cuirassiers de Milhaud) tout le champ de bataille entre la Haie-Sainte et Mont-Saint- Jean, celui qu'avait occupé toute leur gauche, et acculés sur leur droite. » La gauche des Anglais ne quitta pas un moment la position qu'elle avait prise dès le commencement de la bataille; et les charges réitérées de notre cavalerie de réserve eurent constamment pour champ l'espace compris entre les chaussées de Charleroi et de Nivelles. Dans sa première version, il faut le remarquer, Napoléon s'était borné à dire que les cuirassiers de Milhaud avaient déterminé « la retraite de plusieurs carrés anglais et la cessation du feu d'une partie des batteries ennemies. »
Le général Milhaud a donc été inculpé à tort par Napoléon. Après avoir renoncé si complètement à l'accusation qu'il avait formulée, en termes absolus, contre le maréchal Ney, le captif de Sainte-Hélène aurait bien fait de ne pas la reporter sur Milhaud.
La vérité, nous le croyons, est que l'attaque du plateau par notre cavalerie eut lieu sur l'ordre même de Napoléon, qui vit un commencement de retraite des Anglo-Hollandais dans le mouvement que Wellington fit faire à sa première ligne pour l'abriter contre les coups de notre artillerie. Et cela nous paraît d'autant plus certain, que Napoléon put suspendre l'attaque et ne la suspendit pas.