CHAPITRE TREIZIEME
tendre « l'issue du mouvement de Bùlow » pour opérer l'attaque sur le centre ennemi. Cette issue, il l'aperçut seulement, encore se trompa-t-il, quand il était près de sept heures. Mais il y a plus, c'est qu'en ce moment, lors même que Napoléon eût pu disposer de toute l'infanterie de la vieille garde, et que la cavalerie de réserve n'eût pas été encore engagée, il n'aurait plus été temps d'opérer l'attaque du centre anglohollandais. En effet, si ce centre n'eût subi aucun choc jusqu'à sept heures, il se serait trouvé en état de faire longue résistance; et, en outre, Zieten et Pirch I étaient alors sur le point d'entrer en ligne.
A sept heures, il n'y avait plus qu'une opération à exécuter : la retraite. 11 était même déjà bien tard pour la commencer. Napoléon ne le comprit pas; et ce manque d'intelligence de la situation lui fit commettre une dernière faute qui changea l'insuccès en désastre.
Obstiné dans la croyance que le corps de Bùlow était le seul qui avait pu être détaché de l'armée prussienne pour appuyer les Anglo-Hollandais, persuadé que Wellington n'avait plus de réserve, il chercha la victoire quand il s'agissait d'éviter la déroute.
Au lieu de se borner à dégager la cavalerie de réserve arrêtée sur la pente du plateau, de se hâter de tout mettre en retraite de Goumont à Smohain et Plancenoit, il lit marcher, contre le centre anglo-hollandais, six bataillons, trois mille hommes de la garde, leur ordonnant d'opérer une attaque à fond.
Exécutée avec un extrême courage, mais non suffisamment soutenue par nos escadrons épuisés, cette manœuvre échoua contre une supériorité numérique écrasante, et on perdit à la faire les derniers moments dont on aurait pu, dont on aurait dû disposer pour se replier en ordre.
Savoir se retirer à temps de la lutte, se résigner à un échec pour ne pas subir un désastre, c'est le fait des grands capi-
taines, non moins que savoir reconnaître et saisir l'instant où la victoire est possible.
La dernière faute de Napoléon s'explique, nous l'avons dit, par une double erreur : après avoir cru l'armée prussienne incapable d'intervenir sur le champ de bataille de Waterloo, il s'obstina à refuser d'admettre qu'elle pût y porter d'autres forces que celles de Bûlow ; et il ne reconnut pas que Wellington avait encore, à sept heures du soir, une forte réserve. Mais il est très-probable, en outre, que sa situation personnelle ne fut pas étrangère à la détermination de poursuivre le succès quand le succès était devenu impossible.
S'il revenait en France, affaibli, déconsidéré par un échec, il courait risque d'être précipité du trône. Pour s'y maintenir, il lui fallait une victoire, et, sous l'empire de cette préoccupation égoïste, il s'acharna à lutter contre la fortune, joua son dernier soldat, comme le joueur malheureux, ruiné, jette sa dernière pièce d'or sur le tapis du jeu de hasard.
Dans cette lamentable journée de Waterloo, les fautes, on le voit, furent assez nombreuses, assez graves pour expliquer la catastrophe, sans qu'il soit nécessaire, comme nous l'avons dit, de faire intervenir la puissance mystérieuse de la fatalité.
Ces fautes se résument en quelques mots :
La bataille commença quatre heures plus tard qu'elle n'aurait dû commencer;
L'attaquede Goumont, qui ne devait être qu'une diversion, fut conduite comme une attaque principale et absorba, sans compensation suffisante, une masse d'infanterie qui manqua bientôt pour soutenir la cavalerie de réserve;
Les dispositions pour cette attaque furent prises sans la moindre prévoyance; et il en fut de même contre la Haie- Sainte, Papelotte et la Haie;
L'attaque de l'aile gauche de Wellington s'opéra dans un ordre défectueux et sans soutien assez proche de cavalerie; on y renonça, au lieu de la renouveler en y employant les réserves ;