CHAPITRE DEUXIEME
fut malheureusement pas considérable, nous l'avons dit. Quant aux soldats qui étaient déjà sous les drapeaux, ils étaient bien pourvus (1).
Le drap manqua pour les gardes nationaux actifs et les militaires venus de la réforme et de la retraite, bien qu'on eût réduit l'habillement, pour les premiers, à une capote (le pantalon et les guêtres étaient en toile). Mais il est très-probable que, si l'argent n'eût pas fait défaut, on aurait trouvé du drap en quantité suffisante.
Napoléon avait pris, relativement à la Corse, une mesure excellente, inspirée du souvenir de ce qu'il avait fait en Egypte, de ce qu'avaient faitSuchet et d'autres, en Espagne et ailleurs : il avait ordonné d'habiller en draps du pays 4 bataillons de chasseurs corses levés pour la défense de l'île. On aurait pu agir de même en France, en 1815 surtout, où dans chaque contrée les paysans s'habillaient tous en draps de couleurs uniformes, ici grises, là brunes, etc., fabriqués dans la contrée même.
La remonte de la cavalerie, de l'artillerie, des divers trains était un objet de première importance.
La cavalerie avait plus de vingt mille chevaux disponibles. L'artillerie n'en avait pas deux mille dans ses écuries; mais six mille avaient été mis, par mesure d'économie, chez les agriculteurs. On les fit rentrer. Le train des équipages n'en avait pas cinq cents,
(1) Napoléon a publié deux versions de la campagne de 1815: l'une sons le titre de Campagne de 4815, par le général Gourgaud (1818); l'autre sous celui de Mémoires pour servir à l'histoire de France en 1815 (1820), reproduite, en 1850, comme le IXe volume des Mémoires dictés à Sainte-Hélène. Dans la première, il dit : « L'armée (de la Restauration) était entièrement nue; » dans la seconde : « Le ministre de la guerre n'avait fait donner aucun effet d'habillement aux corps, si ce n'est aux six régiments qui portaient le nom du roi et des princes. »
Cette assertion, comme tant d'autres que nous n'avons pas relevées directement, est inexacte. Nous avons sous les yeux des notes fournies par d'anciens officiers sur 22 régiments, qui la démentent formellement.
Tout cela était insuffisant.
Vers la rai-avril, on passa des marchés pour la fourniture de vingt mille chevaux de cavalerie, de quinze mille pour les trains. Mais, en attendant les livraisons, qui ne pouvaient se faire vite (1), on pourvut aux besoins les plus urgents par des moyens plus expéditifs.
La gendarmerie avait 9,300 cavaliers. On en démonta la plus grande partie en leur payant le prix de leurs montures. En quinze jours, ils en trouvèrent d'autres dans le pays, et l'on eut ainsi six à huit mille chevaux tout dressés qu'on fit passer immédiatement aux régiments cuirassés, aux dragons (2), à la cavalerie de la garde.
On frappa des réquisitions de chevaux de selle et de chevaux de trait, dans les départements, même dans ceux qui n'étaient pas producteurs (3). Cela donna cinq mille environ des premiers, et pareil nombre des seconds.
Durant les années de prospérité militaire de l'Empire, on avait dépensé des sommes énormes aux constructions d'Alexandrie, de Peschiera et d'autres forteresses qu'un revers de fortune devait nous enlever, et l'on avait négligé celles qui couvraient nos frontières de 1789. Les places maritimes seules avaient été l'objet de travaux d'entretien et d'amélioration, parce qu'elles étaient constamment en butte aux insultes des Anglais.
(1) Une compagnie qui devait livrer, par suite d'un marché passé à la mi-avril, neuf mille chevaux de cavalerie au dépôt de remonte établi à Versailles, sous les ordres du général Bourcier, n'en avait pas encore livré deux mille le 6 juin.
(2) Les carabiniers, les cuirassiers et les dragons reçurent 4,155 chevaux de gendarmes.
(3) Voici quelques exemples de ces réquisitions : Aisne, 140 chevaux de lanciers, 330 de trait; Vaucluse, 20 chevaux de cavalerie légère; Ardèche, 40; Bouches-du-Rhône, 40 de cavalerie, 109 de trait ; Ardennes, 230 de cavalerie, 380 de trait; Tarn-et-Garonne, 40 de cavalerie, etc. On dirigea ces chevaux sur les dépôts les plus voisins des départements où on les requérait; mais tous n'y étaient pas encore arrivés au commencement de juin.