CHAPITRE QUATORZIEME
lerie de celui-ci flanqua le mouvement sur la gauche. Elle avait pour chef, maintenant, le maréchal de camp Vallin, remplaçant Maurin, blessé à Ligny.
Excelmans marcha sans trop de lenteur. Mais il n'en fut pas ainsi des corps de Vandamme et de Gérard.
Cheminant, avec un train considérable d'artillerie, sur une traverse défoncée, dès la veille, par le passage des colonnes de Bùlow et de Thielemann, par les pluies, dans des champs fangeux, couverts de moissons, coupés de haies, dans un pays accidenté où les défilés les obligeaient à de longues et fréquentes haltes, ils avançaient péniblement avec d'autant plus de lenteur que, par une disposition bien étrange, ils formaient, il faut y insister, une seule colonne (1).
Pendant que s'opérait ce mouvement si embarrassé, Grouchy était arrivé à Sart-Iez-Walhain.
Il y avait appris d'une manière certaine que, la nuit précédente, l'armée prussienne s'était trouvée réunie sur Wavre. Mais y était-elle encore, ou bien avait-elle déjà manœuvré pour se joindre aux Anglo-Hollandais, soit en marchant par sa droite soit, en se retirant sur Bruxelles ou Louvain? Aucun renseignement précis ne l'indiquait encore; et on ignorait également si les Anglo-Hollandais s'étaient arrêtés en avant de la forêt de Soignes, ou s'ils l'avaient traversée, prolongeant leur retraite.
11 n'y avait plus à s'inquiéter de la direction de Liège. C'était beaucoup ; mais ce n'était pas assez : un champ immense restait à l'inconnu.
D'après les données qu'il venait de recueillir, Grouchy jugea qu'il devait porter toutes ses forces sur Wavre; et, quand
(1) « ... Cette marche, que les chemins de traverse, extrêmement mauvais, rendirent lente et fort pénible, le 3e corps nous obligeant a de fréquentes haltes, ainsi que cela arrive toujours dans un pays de défilés et lorsqu'une colonne est aussi longue que celle qui nous précédait... » (Rapport du général Hulot. — (Quelques documents, etc.)
Le 18 juin, la division Hulot marchait en tète du 4e corps.
Excelmans parut à Sart-lez-Walhain, il lui ordonna de redresser sa route en prenant, au nord-ouest de ce village, par Nil- Saint-Vincent et la Baraque. Vandamme reçut, plus tard, le même ordre. Pajol et Teste, partis à cinq heures de Mazy, et près, actuellement, d'arriver à Grand-Leez, furent prévenus qu'ils devaient continuer leur marche pour gagner Tourinnesles-Ourdons.
Grouchy écrivit ensuite à Napoléon, pour l'informer de sa position et du parti auquel il s'arrêtait. Le lieutenant-colonel Delafresnaye partit, chargé de cette dépêche.
Il était onze heures et demie, ou un peu plus (1).
En ce moment, Gérard, qui précédait ses troupes, se présenta au maréchal. Il le trouva déjeunant dans la maison d'un notaire nommé Hollaert, et il causait avec lui depuis quelques instants, lorsque le colonel Simon Lorrière, chef d'élat-major du 4" corps (1), vint le prévenir que, d'un jardin attenant à la maison, il croyait avoir entendu des détonations d'artillerie, venant de l'ouest.
A cette nouvelle, le maréchal et Gérard sortirent et allèrent se placer au milieu du jardin, dans un kiosque construit sur un monticule. Les généraux Balthus et Valazé, commandant, celui-ci le génie, celui-là l'artillerie du corps de Gérard, et d'autres officiers s'y trouvaient, écoutant en silence le bruit qui avait appelé l'attention de Simon Lorrière. Une pluie fine tombait; ce bruit était faible; pour mieux le saisir, plusieurs ofli-
(1) (t Au moment de mon dépari, une canonnade qui n'avait pas l'air d'un engagement général, se fit entendre ; je me dirigeai sur le bruit du canon, etc. (Lettre du lieutenant-colonel de Lafresnaye au maréchal Grouchy. — Fragments historiques sur la campagne de 1815, etc., par Grouchy. — Paris, 1829.)
(2) Simon Lorrière remplaçait, dans les fonctions de chef d'élal-inajor du ie corps, le maréchal de camp de Saint-Rémy, blesse grièvement, le 16 juin, dans une reconnaissance opérée quelques instants avant la bataille de Ligny.