‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 174 sur 261 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

ciers s'étaient couchés l'oreille contre terre. Mais, au bout de quelque temps, la pluie ayant cessé, les nuages s'étant élevés, il devint plus distinct; puis, tout à coup, il prit une intensité telle, que le sol en trembla, pour ainsi dire. Il n'y eut pas à en douter, c'était le retentissement d'une violente canonnade. Le notaire Hollaert, des guides consultés indiquèrent Mont-Saint-Jean comme le point où elle éclatait. Il était midi (1), ou un peu plus.

Gérard ouvrit l'avis de marcher au feu. Une grande bataille s'engageait à l'entrée de la forêt de Soignes; il fallait, dit-il, manœuvrer sur-le-champ, pour aller y prendre part.

Son infanterie arrivait à Sart-lez-Walhain; Vandamme était en avant, près de Nil-Saint-Vincent, Excelmans au delà ; Pajol et Teste marchaient sur Tourinnes; Gérard proposa d'expédier à la division de cavalerie de Vallin l'ordre de gagner rapidement les ponts de Mousty et d'Ottignies et d'y porter, en leur faisant faire tête de colonne à gauche, pour y passer la Dyle, toutes les troupes, à l'exception de celles de Pajol et de Teste, qui iraient reconnaître Wavre en restant sur la rive droite de la rivière et masqueraient le mouvement général. Vallin, une fois au delà de la Dyle, pousserait des reconnaissances dans la direction du feu, et sur le plateau, entre Chapelle-Saint-Lambert et Wavre (2), pour avoir des nouvelles des Prussiens. Cette manœuvre devait bientôt lier les communications avec Napoléon, engagé dans la lutte dont on entendait les éclats, et rapprocher, à chaque instant, la colonne de Grouchy de la colonne principale.

On savait que l'armée prussienne s'était concentrée sur Wavre. Il n'était pas probable, maintenant, qu'elle y fût restée, ni surtout qu'elle y restât immobile; mais, si, en dépit

(1) Ce fut vers midi, en effet, ou un peu plus tard, que la batterie de 78 bouches à feu entra en action à l'aile droite de Napoléon ; jusqu'à ce moment, il n'y avait eu qu'un petit nombre de pièces d'artillerie tirant de part et d'autre vers Goumont.

(2) Dernières observations, etc., par le général Gérard.

des probabilités, on apprenait qu'elle y fût encore, quand on aurait passé la Dyle, on irait l'attaquer par la rive gauche de cette rivière, en tournant sa position, ce qui vaudrait infiniment mieux que de l'aborder de front.

Ces deux avantages compensaient largement l'inconvénient très-réel de laisser Pajol et Teste isolés, sur la rive droite, avec deux faibles divisions.

Si, au contraire, l'armée prussienne avait quitté Wavre dès le matin, ou si elle en partait à présent, le retentissement de la bataille indiquait suffisamment qu'elle avait marché, qu'elle marchait sur Mont-Saint-Jean; et il fallait se hâter d'exécuter un mouvement parallèle vers Napoléon qui allait se trouver, qui se trouvait déjà aux prises, peut-être, avec Wellington et Blùcher réunis.

Grouchy ne se laissa pas convaincre par les raisonnements de Gérard.

Le changement de direction qu'on ordonnerait à Vandamme ne pourrait commencer qu'à midi et demi ou une heure. La bataille paraissait être à l'entrée de la forêt de Soignes, sur Mont-Saint-Jean. De ce point à Nil-Saint-Vincenl, où était Vandamme, il y a cinq lieues en ligne droite et six lieues et demie, peut-être davantage, par les traverses qui y conduisent. A Sartlez-Walhain, Gérard en était plus éloigné d'une lieue. Le pays intermédiaire est montueux, rempli de défilés, surtout en deçà de Mousty; il faudrait passer, sur deux ponts étroits, la Dyle, qui n'était pas guéable. Par les difficultés, les lenteurs de la marche de la veille et de la matinée, on pouvait estimer que le corps de Vandamme, qui arriverait le premier sur Mont- Saint-Jean, n'y paraîtrait pas avant dix heures; qu'il y paraîtrait même beaucoup plus tard, si, comme on devait s'y attendre, les ponts de la Dyle avaient été coupés par l'ennemi. Or, avant dix heures, la bataille déjà engagée serait décidée.

De Wavre à Mont Saint-Jean, il n'y a pas quatre lieues et

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