CHAPITRE QUATORZIEME. U
demie (1). Si l'armée prussienne était partie, dans la matinée, du premier de ces points, pour se porter sur le second, l'effet de son arrivée sur le champ de bataille allait se produire, et Vandamme, Gérard, s'y dirigeant de Nil-Saint-Vincent et de Sartlez-Walhain, ne pourraient rien pour l'empêcher. Si elle partait maintenant, elle devait avoir opéré sa réunion avec les Anglo-Hollandais avant le coucher du soleil; et Vandamme, Gérard ne pourraient non plus s'y opposer; car elle avait sur eux l'avantage de la plus courte distance : deux et trois lieues de moins à parcourir.
D'ailleurs, le maréchal n'admettait pas que cette armée eût marché vers Mont-Saint-Jean ; dans sa pensée, ou elle était encore à Wavre, ou elle se dirigeait sur Bruxelles, sinon sur Louvain ; et, dans un cas, il redoutait les périls d'un long mouvement de flanc qu'elle ne pouvait manquer de surprendre; dans l'autre, il craignait d'ouvrir la voie à un retour offensif sur la ligne d'opérations de notre armée. Napoléon ne l'avait pas appelé, ne l'appelait pas à lui; il ne croyait pas devoir aller le rejoindre : ses instructions étaient de suivre les Prussiens; il voulait s'y conformer.
Gérard persista dans son opinion.
Il regardait comme certain que la bataille qui se livrait, était la conséquence d'un plan combiné entre Wellington et Blùcher, d'un plan dont la base était la réunion de leurs armées. Cette réunion était faite ou se ferait avant la fin de la journée ; il fallait donc se porter immédiatement sur Mont- Saint-Jean, afin d'en compenser, le mieux possible, l'effet, si elle était opérée ou près de l'être; afin de l'empêcher, de la suspendre, de la gêner tout au moins, si l'armée prussienne avait attendu le bruit du canon pour se mettre en mouvement.
Ni la distance, ni le mauvais état des chemins ne semblaient, à Gérard, devoir s'opposer à ce que les têles de colonne du
(i) Il y a trois lieues et demie en ligne droite.
maréchal allassent déboucher sur Plancenoit et Frichemont dès quatre heures et demie, si Wellington avait été rejoint déjà par Blùcher; à ce qu'on attaquât ce dernier, si l'on apprenait qu'il fût encore en mouvement entre la Dyle et le ruisseau de Lasne.
Gérard, on le voit, oubliait bien vite la marche de la veille, où, pour faire trois lieues, il avait mis plus de six heures; la marche même de la matinée, où il venait d'en mettre quatre pour parcourir une distance d'un tiers moins longue; il négligeait ce fait, que le corps deVandamme et le sien étaient, l'un à cinq lieues et demie, l'autre à six et demie de Plancenoit et de Frichemont, et que, de Wavre au premier de ces points, la distance est de moins de quatre lieues et demie, et au second, de moins encore.
Les généraux Balthus et Valazé , prenant part à la discussion (1), émettaient sur les difficultés de la route des avis opposés. L'un ne croyait pas à la possibilité de faire suivre par l'artillerie une marche un peu rapide de l'infanterie et craignait même de compromettre son matériel. L'autre pensait que les compagnies de sapeurs aplaniraient bien des obstacles, pratiqueraient beaucoup de passages.
Mais cela seul indiquait à quel point la marche serait lente ; on ne chemine pas vite lorsqu'il faut frayer sa voie , la pelle et la pioche à la main.
Grouchy persévéra dans la résolution de porter toutes ses forces sur Wavre. On eût dit qu'il devinait l'ordre daté de dix heures du matin, par lequel Napoléon lui prescrivait de gagner au plus tôt cette ville (1).
(1) Les Mémoires de Sainte-Hélène mettent ici tout un discours dans la bouche d'Excelnians : « Il faut marcher au l'eu... je suis un vieux soldat de l'armée d'Italie, etc., etc. » Mais, en ce moment, Excelmans n'était pas à Sart-lez-Walhain; et il ne vil pas Grouchy de la journée du 18 juin. Luimême l'a reconnu dans une lettre (1820) adressée au fils du maréchal.
Les mêmes Mémoires font dire à Gérard : « Dans deux heures nous pouvons être au feu. »
(2) Voir page 259.