CHAPITRE QUATORZIEME
Depuis plus de deux heures, il n'avait cessé d'escarmoucher avec Excelmans.
Pirch I, prévoyant que ce dernier ne tarderait pas à être appuyé par de l'infanterie, envoya l'ordre à Brause et à Reckow de faire demi-tour et d'avancer vers Ledebur.
Reckow vint occuper, à quelques centaines de mètres en arrière de la Baraque, la ferme de l'Auzel, sur le chemin de Wavre, et les deux bois entre lesquels elle est située : celui de Warllombrout, qui s'étend jusqu'à la Dyle, et celui de Sarats. Brause, formé sur une seule ligne, dut se placer en réserve. Dès l'arrivée de Reckow, Ledebur se replia, laissant ses deux bataillons dans les bois et portant sa cavalerie en arrière.
La division Borcke (corps de Thielmann), qui n'avait pas encore passé la Dyle, eut ordre de rester en position immédiatement en avant de Wavre.
Ces dispositions prises, Pirch I donna le commandement de toute l'arrière-garde à Brause, et alla rejoindre celles de ses divisions qui poursuivaient leur marche sur Chapelle- Saint-Lambert.
Cependant, Vandamme arrivait à la Baraque. Grouchy l'y rejoignait. Il était près de deux heures (i).
Des hauteurs de la Baraque, on apercevait les colonnes prussiennes cheminant sur le plateau au delà de la Dyle, dans la direction de la canonnade qui retentissait toujours vers Mont- Saint-Jean. Grouchy ordonna à Vandamme de marcher sur la ferme de l'Auzel et les bois voisins et de les enlever.
Brause fit peu de résistance. Après un court engagement, il battit en retraite en bon ordre et assez mollement poussé, d'ailleurs, dit un écrivain prussien (2). A quatre heures, sa division et celle de Reckow, précédées par le détachement de
(1) « Ce ne fut que vers deux heures que nous arrivâmes à la Baraque. » (Lettre du général Berthezène à Gérard. —Dernières observations, etc.)
(2) Wagner.
Ledebur, avaient traversé les ponts et la ville de Wavre, et pris le chemin de Chapelle-Saint-Lambert (1). La brigade de Sohr et la division Borcke avaient passé la Dyle, la première au moulin de Bierges, la seconde à Basse-Wavre.
Les choses en étaient là; et Thielmann, n'accordant qu'une faible importance au mouvement des Français sur la rive droite de ïa Dyle, allait faire filer son corps sur Couture-Saint-Germain, selon les instructions de Bliicher, quand il reconnut qu'il fallait suspendre sa manœuvre.
Le corps de Vandamme, en grande partie masqué jusqu'alors par les bois de Manil et de Sainte-Anne, se déployait, en effet, aux approches de la rivière et se disposait pour prononcer une attaque sur Wavre. Déjà, son artillerie en battait le faubourg.
Ce faubourg est sur la rive droite de la Dyle, la ville sur la rive opposée. Deux ponts de pierre, d'inégale largeur, les relient.
La Dyle est un affluent de l'Escaut. Elle n'est pas trèsprofonde, en temps ordinaire; mais en ce moment les pluies avaient grossi ses eaux , et elle n'était pas guéable. Aux environs de Wavre, elle coule entre deux chaînes de hauteurs parallèles. Ces hauteurs sont moins élevées mais de pente plus roide sur la rive gauche que sur l'autre rive. Du pied de celles de la rive droite jusqu'au lit de la Dyle, il y a, en moyenne, une bonne portée de fusil ; et l'espace est couvert de prairies marécageuses fournies d'arbres et coupées parallèlement à la rivière par des fossés pleins d'eau, de un à deux mètres de profondeur.
En aval et à moins d'un kilomètre de Wavre, se trouve Basse-Wavre, qui a un pont de bois. En amont, et avec des ponts semblables, sont le moulin de Bierges et les villages de
(1) Reckow reçut, en route, un ordre de Bliicher, lui prescrivant de se diriger sur Maransart ; Brause prolongea sa marche de Chapelle-Saint-Lanibert vers Plancenoit, mais ni l'un ni l'autre ne prirent part à la bataille de Waterloo. Ledebur s'arrêta et passa la nuit à Chapelle-Saint-Lambert.