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CHAPITRE DEUXIEME

Après les grands désastres de 1815, le temps, l'argent, les moyens avaient manqué pour réparer l'imprévoyance précédente: les travaux faits alors aux places fortes de notre ancienne frontière de terre n'avaient eu aucun caractère de permanence.

La Restauration n'avait rien changé à cet état de choses.

Maintenant on était pressé encore par les événements. On se hâta, et l'on fit aux places de bons préparatifs de défense. Du reste, même dans celles de troisième ligne, les remparts n'offraient pas de brèches. Dans cette situation, de bonnes garnisons, des gouverneurs résolusses armes, des munitions, des vivres, devaient assurer une grande résistance.

On couvrit par des retranchements de campagne quelques villes de l'intérieur ouvertes et de position importante; et l'on fortifia les défilés du Jura, des Vosges, de l'Argonne, de la forêt de Monnaie.

Sur presque tous ces points, les populations montrèrent beaucoup d'empressement à travailler à l'œuvre de la défense commune.

Le matériel de l'artillerie de place était, à peu près, au niveau des besoins.

Les bois, si utiles pour la défense des forteresses, les vivres, durent être fournis et apportés par réquisitions. Mais ce service manqua en tout ou en partie pour plusieurs places.

Cependant, vers le 10 juin, toutes celles de première ligne avaient des approvisionnements pour quatre ou six mois, celles de seconde ligne pour moins de temps, celles de troisième ligne pour moins encore.

Toutes, à peu près, étaient suffisamment armées d'artillerie et pourvues de munitions.

Les événements de 1814 avaient prouvé, jusqu'à la dernière et la plus cruelle évidence, la nécessité de fortifier Paris et Lyon, la capitale et la seconde ville de France.

Napoléon, dans ses Mémoires, a très-bien établi, par l'histoire et par d'invincibles arguments, la suprême inconséquence de

laisser sans défense immédiate Paris principalement,* la patrie de l'élite de la nation, le centre de l'opinion, le dépôt de tout. »

Cette inconséquence, il l'avait, pourtant commise pendant tout un long règne. Il se décida à y mettre fin.

Sa décision fut-elle prompte? On l'ignore. Ce qui est certain, c'est que ce fut le 1er mai seulement (1), quarante jours après son retour aux Tuileries, qu'il donna le premier ordre pour la mettre a exécution.

On ne pouvait songer à faire d'autres fortifications que des retranchements de campagne. Le plan en fut dressé par les généraux Haxo et Rogniat, ingénieurs de la plus grande distinction, le premier surtout.

Il embrassait, dans une ligne continue, les hauteurs de Montmartre, des Moulins, de Chaumont, de Belleville, du Pèrela-Chaise, et la plaine à droite de ce dernier point, s'appuyant à des ouvrages établis à l'Étoile sous le canon de Vincennes et à des redoutes dans le parc de Bercy. En arrière des retranchements, de Chaumont au Père-la-Chaise, trois forts fermés à la gorge devaient servir de réduits. Un autre fort devait être construit à l'arc de triomphe des Champs-Elysées, et se relier, d'un côté à Montmartre, de l'autre aux hauteurs de Passy.

On dut achever le canal de l'Ourcq, qui va de la Villette à Saint-Denis, en jetant les terres sur les deux rives pour former, sur celle de gauche un rempart, sur celle de droite un chemin couvert. Saint-Denis dût être protégé par des retranchements.

On ne se mit au travail que le 7 mai, et on s'y mit avec un faible nombre de bras. Ce jour-là, il n'y avait pas encore mille ouvriers sur tout le développement de Montmartre à Bercy. Le 15, on n'en comptait encore que dix-huit cents. Mais, à partir de ce moment, les gardes nationaux, les fédérés, les élèves des lycées et des écoles, des bourgeois, des ouvriers, des

(1) Lettre de Napoléon au ministre de la guerre.

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