‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 183 sur 261 · CHAPITRE QUINZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIEME

Mais tout cela ne saurait justifier Grouchy d'avoir marché sur Sart-lez-Walhain et non sur Mousty.

Ne pouvant trouver ni dans ses instructions, ni dans des renseignements certains ce qu'il avait à faire, il devait tirer sa résolution des circonstances. En pareil cas, l'hésitation n'est pas permise : il faut baser ses opérations sur la supposition que son adversaire a agi et agira pour atteindre le résultat le plus favorable à ses intérêts et conformément au caractère qu'on lui connaît. Il n'y a pas d'autre règle de conduite rationnelle. L'art du général serait bien vulgaire, si l'on n'avait jamais à opérer que sur des ordres parfaits, des données certaines.

Or, tout l'indiquait, la manœuvre la plus avantageuse pour Bliicher était celle qui devait le rapprocher le plus vite possible de Wellington, réunir les Prussiens aux Anglo-Hollandais. Depuis l'ouverture des hostilités, les deux généraux alliés avaient manœuvré pour opérer cette réunion,- ce n'était évidemment pas après la défaite de l'une de leurs armées qu'ils pouvaient vouloir y renoncer; l'activité, l'énergie, l'audace bien connues de Bliicher, la ténacité aussi connue de Wellington suffisaient pour garantir qu'ils n'y renonceraient pas facilement.

S'ils y parvenaient, Napoléon se trouverait exposé à être écrasé sous le poids des deux armées alliées.

Cette catastrophe, le plus grand de tous les malheurs, Grouchy devait, avant tout, se mettre en position de la détourner, dans la mesure de ses forces. De là, pour lui, l'impérieuse obligation d'entrer, le plus promptement possible, en rapport d'opérations avec Napoléon ; et de là aussi la nécessité de marcher sur Mousty.

De ce point, en effet, mieux que de tout autre, il serait également à portée ou d'atténuer les conséquences de la réunion des Prussiens et des Anglo-Hollandais, si elle était déjà opérée, ou de la gêner, si elle ne l'était pas encore.

En ligne droite, Mousty est à moins de trois lieues de la

Ôtifi WATERLOO.

chaussée de Bruxelles, et à moins de deux lieues de Wavre.

En y arrivant, ou peu après y être arrivé, on recevrait, sans doute, des nouvelles de Napoléon et de l'armée prussienne, parles éclaireurs; et ces nouvelles détermineraient la direction ultérieure du mouvement.

Si les Prussiens étaient réunis déjà aux Anglo-Hollandais, on appuierait immédiatement sur Napoléon ;

S'ils étaient encore à Wavre, on marcherait à eux par la rive gauche de la Dyle, en tournant leur position ;

S'ils étaient partis de Wavre et encore en mouvement sur le plateau, engagés dans les détilés du ruisseau de Lasne, on irait les attaquer pendant cette marche de flanc;

Si, de Wavre, ils s'étaient repliés sur Bruxelles, ce qui indiquerait que Wellington n'aurait pas voulu défendre les abords de la forêt de Soignes, on les suivrait dans cette direction en gagnant W avre et y prenant leurs traces ;

Enfin, s'ils n'avaient pas paru sur ce dernier point; si, le laissant à leur gauche, ils avaient marché directement vers Louvain par la chaussée qui conduit de Namur à cette dernière ville, on se porterait sur Wavre et, de là, par un demi à droite, sur leur flanc ou sur leurs derrières.

En se dirigeant vers Mousty , Grouchy se serait donc mis à même, on le voit, de diminuer, dans la mesure de ses forces, les formidables conséquences delà manœuvre la plus probable, de la manœuvre presque certaine de son adversaire : celle qui avait dû ou devait réunir bientôt les deux armées alliées.

Il faut le remarquer encore, si Blùcher se fût retiré vers Liège et non vers Wavre et Bruxelles ou Louvain, le mouvement sur Mousty n'aurait pas compromis la ligne d'opérations de l'armée française, dans le cas même où de faux renseignements auraient conduit à le prolonger jusqu'à Wavre; car, tout en manœuvrant par sa gauche, Grouchy aurait pu, au moyen d'une partie de sa nombreuse cavalerie, bien s'éclairer dans la direction de Liège et s'assurer qu'il ne se passerait

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