‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 184 sur 261 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

rien de grave de ce côté sans qu'il en fût informé assez tôt pour rétrograder et s'opposer à un retour des Prussiens. Il avait un détachement de dragons à Perwez ; il était donc certain, déjà, que, si l'armée prussienne s'était retirée vers Liège, elle était au delà du premier de ces points. Or, une fois à Wavre, il se serait trouvé en position de revenir avant elle sur la chaussée de Bruxelles. Il suffit de jeter un coup d'œil sur la carte pour s'en assurer.

Ainsi, dans toutes les suppositions, c'était à Mousty et non à Sart-lez-Walhain que Grouchy devait se porter; et la justification de son mouvement sur le second de ces points est impossible certainement : ce mouvement fut une faute.

Mais cette faute n'exerça et ne pouvait exercer aucune influence sur la bataille de Waterloo. Grouchy l'aurait évitée; il aurait marché à Mousty, il y aurait marché dès trois heures du matin, que nos armes n'en auraient pas moins subi un désastre. La preuve de cette assertion, c'est l'infériorité numérique de la colonne du maréchal relativement à l'armée prussienne. Avec trente-trois mille hommes, il ne pouvait empêcher Blïicher de porter à Wellington l'aide qui détermina la catastrophe.

L'armée prussienne réunie sur Wavre, dans la nuit du 17 au 18 juin, était de quatre-vingt-dix mille hommes, au moins. Il n'est pas un écrivain sérieux qui ne l'ait admis. Napoléon lui-même l'a reconnu, dans le premier de ses écrits sur la campagne de Belgique (1). C'est dans ses Mémoires seulement qu'il s'est aventuré adiré que le feu et la désertion avaient réduit les forces de Blucher à 80, à 70 , même à 60 mille hommes.

La bataille de Waterloo fut rendue indécise par l'entrée en ligne de Bïilow, à quatre heures et demie, vers Plancenoit. Elle

(1) « Malgré les pertes essuyées le 16, l'armée prussienne était encore (le 18) de quatre-vingt-dix mille hommes. » (Campagne de 1815, par Gourgaud.) Dans le même ouvrage, comme dans ses Mémoires, Napoléon évalue cette armée à cent vingt mille hommes, au moment de l'ouverture des hostilités.

fut décidée par l'irruption de Zieten sur la Haie et Papelotte, vers sept heures et demie; et, en ce moment, Pirch I, débouchant derrière Bùlow, contribua beaucoup à porter le désastre au comble.

Biïlow eut près de six mille cinq cents hommes hors de combat. Mais Zieten et Pirch I en eurent, chacun, trois cents seulement, ce qui indique qu'ils eurent peu d'efforts à faire,

Bùlow agit avec vingt-neuf mille hommes (1); Zieten avec une division d'infanterie et presque toute sa cavalerie (2) ; Pirch I, avec deux divisions d'infanterie et deux brigades de cavalerie (3). On peut donc estimer à quarante-cinq mille hommes au plus, la force des troupes prussiennes qui prirent part à la bataille de Waterloo.

Wellington et Bliicher connaissaient d'une manière assez exacte l'effectif de l'armée française qui était entrée en Belgique. La correspondance du premier le prouve nettement (4).

(1) On a vu que trois régiments (12 escadrons) et deux bataillons du corps de Biilow furent retenus trop longtemps sur Wavre pour prendre part à la bataille de Waterloo.

(2) Les trois autres divisions d'infanterie de Zieten, étant trop en arrière, vers Ohain, ne furent pas engagées. En outre, trois bataillons et trois escadrons, sous les ordres du colonel Zepelin, restèrent sur Wavre ; nous l'avons dit.

(5) Les deux autres divisions d'infanterie , la troisième brigade de cavalerie de Pirch I, ne partirent de Wavre que vers quatre heures après midi ; nous l'avons dit aussi.

(A) Nous avons trouvé, dans les archives du ministère de la guerre, à la Haye, une note qui montre également à quel point les généraux alliés étaient renseignés sur les forces de l'armée française. Cette note, datée de Gand, le 10 juin, est signée par le duc de Feltre (Clarke) ministre de Louis XVIII, et adressée au chef d'état-major du prince d'Orange, le général Constant de Rebecque. Elle est très-détaillée et fixe à 120,000 hommes ( non compris le grand parc ) l'effectif de la garde impériale, des 1er, 2e, 5'', 4% 6e corps, dans lesquels elle confond les quatre corps de réserve de cavalerie.

« La personne qui m'envoie ces détails, écrit Clarke, et qui est instruite et parfaitement sûre, craignant d'être compromise, n'a pas voulu

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