‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 187 sur 261 · CHAPITRE QUINZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIEME

la catastrophe. Grouchy, avec ses trente-trois mille trois cents hommes, retenant l'autre moitié près de Wavre, aurait certainement fait une œuvre difficile ; mais cette œuvre même n'aurait pas suffi pour conjurer le malheur de nos armes. Et, si, renonçant à combattre sur la rive gauche de la Dyle, il eût manœuvré directement pour rejoindre Napoléon; si, contre toute probabilité, il l'eût rejoint assez tôt pour entrer en ligne près de lui, toute larméeprussienne se serait trouvée réunie aux Anglo-Hollandais; et la puissance du nombre l'aurait encore emporté : cent soixante mille hommes et quatre cent quarante bouches à feu auraient écrasé cent mille hommes et trois cent quarante bouches à feu- On a blâmé très-vivement aussi Grouchy de n'avoir pas écouté le conseil qui lui fut donné par Gérard, à Sart-lez- Walhain, au bruit de la canonnade de Mont-Saint-Jean. Ce blâme est très-mérité, non pas, contrairement à ce qui a été dit, parce qu'il est. de règle absolue de marcher au canon, car cette règle souffre bien des exceptions et en souffre surtout quand on a déjà des forces ennemies devant soi ; mais parce qu'à Sartlez-Walhain, la nécessité de manœuvrer par la gauche était devenue plus pressante encore qu'à Gembloux. Le maréchal le savait enfin, lui-même en est convenu, l'armée prussienne ne s'était pas retirée sur Liège; elle s'était concentrée sur Wavre dans la nuit. Dès lors, le retentissement de la bataille qui s'engageait aux abords de la forêt de Soignes ne laissait guère la possibilité d'admettre que cette armée n'eût pas rejoint déjà, ou, tout au moins, ne fût en mouvement pour rejoindre les Anglo-Hollandais : si près l'un de l'autre, Blûcher et Wellington avaient dû concerter une action commune, pour le jour même, contre Napoléon. Comme le proposa Gérard, il fallait donc se hâter d'aller passer la Dyle à Mousty pour se rapprocher de la masse de l'armée française, lier les communications, se mettre en rapport d'opérations avec elle, en position d'aller la renforcer ou d'agir, s'il en était temps encore, si l'on ne pouvait davantage, afin de gêner, de retarder la réunion de Blû-

cher avec Wellington. Continuer la marche de Sart-lez-Walhain sur Wavre, c'était différer le moment où l'on serait à même d'atteindre ces résultats ; et, en pareille circonstance, tout délai était fâcheux. Grouchy s'y décida, cependant, par la raison, a-t-il dit, qu'il croyait les Prussiens à Wavre, qu'il les y croyait d'autant plus, qu'Excelmans avait rencontré leur arrière-garde vers Neuve-Sart. Mais cela même n'excuse pas sa résolution, nous l'avons déjà fait remarquer. En supposant les Prussiens à Wavre, en supposant qu'il dût les y trouver à son arrivée sur ce point, il devait aller passer la Dyle beaucoup plus haut, afin de tourner leur position, d'éviter de les attaquer de front.

Ainsi, il eut tort de repousser l'avis ouvert par Gérard ; et c'est très-justement qu'on l'en a blâmé. Mais on a été plus loin : on a prétendu qu'en exécutant la manœuvre conseillée par son habile lieutenant, il aurait empêché le désastre de Waterloo; et rien n'est moins exact.

Ce que nous avons dit précédemment suffirait pour le prouver. Il convient, cependant, de préciser davantage, d'examiner les faits et les probabilités, en se plaçant dans les circonstances mêmes de temps, de distance, de terrain où se trouva le maréchal; circonstances inexactement rapportées ou complètement méconnues par ses critiques.

Gérard proposa de marcher sur Mousty lorsque le bruit intense du canon annonça qu'une bataille s'engageait vers Mont-Saint-Jean. Il était donc midi ou un peu plus ; car ce fut à cette heure-là seulement que la canonnade devint violente par l'ouverture du feu de la grande batterie placée à l'aile droite de Napoléon (1).

(1) Gérard dit que ce fut à onze heures et demie qu'il donna son conseil à Grouchy (Dernières observations , p. 50); mais dans l'extrait d'une lettre du général Valazé, qu'il publie ensuite (p. 51 et 52), on lit que ce fui au moment où se fit entendre « une épouvantable canonnade. » Or, la canonnade de Waterloo ne devint très-forte, on le sait, qu'à midi passé. La

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