CHAPITRE QUINZIÈME
fondée qu'elle l'est mal, l'allirmation de celui-ci sur le temps nécessaire pour atteindre Frichemont ou Plancenoit, il n'en résulte nullement que le maréchal aurait pu exercer une influence heureuse sur le résultat de la bataille de Waterloo.
Gérard, en effet, calcule et conclut comme si Grouchy eût dû trouver la route absolument libre devant lui. Mais il en aurait été bien autrement; cela ne saurait faire l'objet d'un doute. Sa manœuvre aurait indiqué à l'ennemi qu'il devait exécuter une manœuvre correspondante; et il l'aurait exécutée.
A midi, on Ta vu, Bùlow avait sa division d'avant-garde massée à Chapelle-Saint-Lambert ; ses autres divisions cheminaient entre Wavre et ce point; et deux de ses bataillons, douze de ses escadrons, aux ordres du colonel Ledebur, étaient restés sur la rive gauche de la Dyle, vers la Baraque, en face d'Excelmans. A la même heure, Zieten partait de Wavre, se dirigeant sur Fromont et Ohain, et laissant trois bataillons et trois escadrons sous le colonel Stengel, en observation à Limai. A la même heure encore, les deux premières divisions de Pirch I, ayant passé la Dyle, s'avançaient vers Chapelle-Saint- Lambert, sur les traces de Bûlow;ses deux dernières divisions, une de ses brigades de cavalerie, celle de Sohr, s'ébranlaient pour les suivre; et Thielmann allait se porter sur Couture, direction de Plancenoit, confiant la défense de Wavre à une faible arrière-garde.
Les mouvements d'Excelmans, sa réunion à la division Vallin,puis l'arrivée de Vandamme à la Baraque, enfin la marche sur Wavre, firent modifier l'ordre de Blïicher, en vertu duquel agissaient les généraux prussiens.
Biilow, Zieten, les deux premières divisions de Pirch I continuèrent leur route; les colonels Ledebur, Stengel, les deux dernières divisions de Pirch I, Sohr, Thielmann suspendirent leur marche; mais, à quatre heures, c'est-à-dire au moment même où Vandamme commençait l'attaque de Wavre, où Gérard paraissait sur les hauteurs de la Dyle, la marche
interrompue était reprise ; Thielmann et Stengel seuls restaient en face de Groucliy.
Voilà comment les choses se passèrent.
Mais, si Groucliy se fût dirigé vers le champ de bataille de Waterloo, au lieu de poursuivre surWavre, voici comment elles se seraient passées: Vallin d'abord, qui serait allé saisir les ponts de Mousty et d'Ottignies, Excelmans, qui aurait gagné les mêmes points, auraient révélé à Ledebur, par leur mouvement, la manœuvre en voie d'exécution; et, tout aussitôt, les généraux prussiens auraient agi en conséquence. Celles de leurs troupes qui se seraient trouvées sur la rive droite de la Dyle, auraient passé cette rivière à Limai, au moulin de Bierges, à Wavre, et, se réunissant près du premier de ces points, aux troupes restées sur la rive gauche, laissant seulement quelque arrière-garde chargée de couper, barricader, défendre au besoin les ponts, elles auraient marché pour s'opposer au mouvement de flanc opéré par Grouchy. Les deux faibles divisions de Pajol et de Teste ne pouvant, d'ailleurs, quelque diligence qu'elles eussent faite, se présenter sur les hauteurs de Wavre avant six ou sept heures, il n'y aurait pas eu à espérer qu'elles pussent donner le change à l'ennemi.
Grouchy, avec les vingt-neuf mille hommes d'Excelmans, de Vandamme, de Gérard, aurait donc trouvé, sur sa route, la moitié du corps de Pirch I, le corps de Thielmann, les détachements de Stengel et de Ledebur, près de trente-cinq mille hommes dont environ trois mille de cavalerie. On doit admettre qu'il les aurait battus ; mais qui dit combat, et surtout combat contre des forces supérieures, dit manœuvre; et Grouchy, forcé de manœuvrer, de combattre, aurait perdu bien du temps avant d'avoir mis son ennemi hors de cause, avant de s'être frayé la voie vers le champ de bataille de Napoléon. Mais eût-il été retardé de deux heures seulement, ce qui est fort peu dire à coup sûr, il n'y aurait paru qu'à la nuit close, au moment où aucun Français ne s'y trouvait plus, sauf les blessés et les morts.