‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 192 sur 261 · CHAPITRE QUINZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIEME

dernier point; il n'en écrivait pas le nom. Et il y a plus: Napoléon n'a pu même recommander « à Grouchy d'être à Wavre en même temps que Blùcher; » car il savait que Grouchy serait dans l'impossibilité de quitter Ligny de bonne heure dans l'après-midi et que Blïicher avait déjà une trèslongue avance de marche. De Ligny à Wavre , il y a six lieues en ligne droite, près de huit lieues par le chemin le plus court.

L'ordre « positif » verbalement donné, au dire des Mémoires de Sainte-Hélène, et si formellement contredit par les instructions écrites, acquises à l'histoire, par les faits mêmes, ne mérite donc pas la moindre créance.

Dans son ardeur à se justifier de n'avoir pris aucune mesure pour s'opposer à la manœuvre qui réunit les Prussiens aux Anglo-Hollandais, Napoléon a affirmé encore qu'il avait envoyé à Grouchy, dans la nuit du 17 au 18, l'ordre d'occuper, par un fort détachement, la position de Chapelle-Saint- Lambert.

Les Mémoires de Sainte-Hélène racontent ainsi ce qui se serait passé à ce sujet.

« A dix heures du soir, l'empereur expédia un officier au maréchal Grouchy, que Ton supposait sur Wavre, pour lui faire connaître qu'il y aurait, le lendemain, une grande bataille ; que l'armée anglo-hollandaise était en position en avant de la forêt de Soignes, sa gauche appuyée au village de la Haie; qu'il lui ordonnait de détacher, avant le jour, de son camp de Wavre, une division de sept mille hommes de toutes armes et seize pièces de canon sur Chapelle - Saint- Lambert pour se joindre à la droite de la grande armée et opérer avec elle ; qu'aussitôt qu'il serait assuré que le maréchal Blùcher aurait évacué Wavre, soit pour continuer sa retraite sur Bruxelles, soit pour se porter dans toute autre direction, il devait marcher avec la majorité de ses troupes pour appuyer le détachement qu'il aurait fait sur Chapelle-Saint-Lambert...

"8(i WATERLOO.

« A onze, heures du soir, une heure après que cette dépêche était expédiée, on reçut un rapport du maréchal Grouchy, daté de Gembloux, cinq heures du soir. Il rendait compte qu'il était, avec son armée, à Gembloux (1), ignorant la direction qu'avait prise Blùcher... Un second oflicier lui fut envoyé, à quatre heures du matin, pour lui réitérer l'ordre qui lui avait été expédié à dix heures du soir. Une heure après, à cinq heures, on reçut un nouveau rapport daté de Gembloux, deux heures du matin; le maréchal rendait compte, etc. »

Grouchy a assuré n'avoir eu connaissance de pareilles dépêches que par les écrits de Sainte-Hélène; et il ne fit pas de détachement sur Chapelle-Saint-Lambert. C'est déjà une forte présomption contre la véracité des Mémoires ; car il était, notoirement, un de ces généraux trop esclaves de l'ordre reçu, trop heureux que le chef leur prescrivît ce qu'ils avaient à faire, pour qu'on puisse admettre qu'il ne se serait pas conformé aux instructions de Napoléon, si elles lui fussent parvenues.

On n'a jamais pu indiquer le nom, ni le grade des officiers qui en étaient porteurs; ces instructions mêmes n'ont laissé aucune trace sur les registres de l'état-major. Il y a là de nouvelles présomptions contre le récit venu de Sainte- Hélène.

Mais ce qui le dément absolument, c'est le récit même, c'est encore la dépêche écrite au maréchal, le 18, à dix heures du matin, et parvenue à sa destination.

Ce récit est basé sur deux assertions : que Napoléon a supposé Grouchy sur Wavre, le 17 juin au soir; qu'il a connu la réunion de l'armée prussienne sur ce point, au même moment; et ces assertions sont erronées.

Napoléon n'a pu supposer Grouchy sur Wavre ; car de Ligny

(1) A. cinq heures, Grouchy n'avait pu écrire cela ; car Van dam me et Gérard n'arrivèrent sur Gembloux qu'à neuf et dix heures du soir. (Voir pages 220 et 237.)

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