‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 193 sur 261 · CHAPITRE QUINZIEME. 58 y · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIEME. 58 y

à cette ville, il y a neuf lieues en passant par Gembloux, où il lui avait ordonné de se porter, neuf lieues sur des chemins de traverse (1) ; et il venait de voir, par les lenteurs forcées de sa propre marche des Quatre-Bras aux hauteurs de Rossomme (neuf à dix kilomètres de distance), que Grouchy, qui n'avait pas eu de chaussée pour faciliter son mouvement, avait dû marcher encore plus lentement que lui.

Napoléon n'a pas connu la réunion de l'armée prussienne sur Wavre. Sa dépêche datée du 18 à dix heures du matin le prouve clairement.

Il n'a pas envoyé à Grouchy l'ordre de faire un détachement sur Chapelle-Saint-Lambert ; car, s'il l'eût envoyé, cette même dépêche de dix heures du matin l'aurait nécessairement rappelé, aurait demandé où l'on en était de l'exécution ; et, tout au contraire, elle n'en parle pas, n'y fait seulement pas allusion; le nom de Chapelle-Saint-Lambert, l'ordre de manœuvrer de ce côté se rencontrent, pour la première fois, dans la dépêche écrite à une heure après midi, quand l'arrivée de Bùlow à ce village venait d'être révélée à Napoléon par une lettre interceptée et l'interrogatoire d'un prisonnier prussien.

Au reste, la conduite de Napoléon démontrerait seule, au besoin, que, ni dans la nuit du 1 7 au 18, ni dans la matinée dece dernier jour, il n'eut l'idée de faireoccuper Chapelle-Saint- Lambert; que cette idée lui fut suggérée seulement par l'approche de Bulow. Il est évident, en effet, que, s'il eût reconnu plus tôt l'importance de cette occupation, il l'aurait fait opérer par un détachement de ses propres troupes, dès le moment où il apprit que Grouchy était trop éloigné de Chapelle-Saint-Lambert pour être à même d'y porter, à temps, les forces nécessaires. Or, il ne prit aucune mesure de ce genre; et n'envoya même des reconnaissances dans le vallon de Lasne qu'après avoir

(1) La chaussée qui relie maintenant Sonibreffe, Gembloux, Wavre, n'existait pas encore en 181»,

aperçut des troupes sur les hauteurs de Chapelle- Saint- Lambert.

Comme les instructions verbales données à Grouchy à Ligny même, les instructions envoyées, dans la nuit du J7 au 18, à ce maréchal ont donc été imaginées après coup, sur la leçon donnée par les événements.

Le 16 juin, Napoléon avait eu, dans les mains, le sort de la campagne de Belgique. Il l'avait laissé échapper par son indolence, ses lenteurs, ses hésitations.

La victoire de Ligny lui avait rendu la même chance ; et les mêmes causes la lui avaient fait perdre encore.

Le 17, dès l'aube du jour, il aurait dû se précipiter à la poursuite de Blucher avec tous les combattants de Ligny ou lancer une quinzaine de mille hommes seulement sur les traces du vaincu, et, avec le reste de ses forces, courir aux Quatre- Bras, s'y réunir à Ney, y attaquer Wellington; et, dans un cas comme dans l'autre, il aurait anéanti l'une des armées alliées et mis, ensuite, l'autre hors d'état de rien entreprendre de sérieux avant longtemps.

Mais, au lieu d'une détermination prompte, nette, vigoureuse, au lieu d'une marche rapide, il resta irrésolu, inactif jusqu'à midi; plaça alors trop de forces ou n'en plaça pas assez sous les ordres de Grouchy ; assura à Blucher une facile retraite; n'atteignit pas Wellington; laissa à tous les deux le temps de concerter, de préparer une action commune; puis, comme si ce n'eût pas été assez encore de tant de délais accordés à ses adversaires pour concentrer les masses qui devaient accabler notre armée, il attendit, le lendemain, jusqu'au milieu du jour pour engager la bataille contre les Anglo-Hollandais arrêtés devant lui. Enfin, dans la conception du plan de celte bataille, il ne tint aucun compte de la probabilité de l'intervention des Prussiens; il ordonna ou laissa exécuter des manœuvres mal préparées, incomplètes, incohérentes, ne sut pas saisir le seul instant où le succès fût possible et s'obstina

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