‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 199 sur 261 · CHAPITRE SEIZIEME. Ô · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIEME. Ô

Son organisation n'était plus à l'épreuve des durs labeurs, des insomnies prolongées, des plus violentes commotions.

Pendant qu'il perdait forcément ainsi des heures qu'il eût fallu pouvoir employer à l'action, des heures auxquelles allaient s'en ajouter d'autres qu'on userait à délibérer, les ministres, les hauts fonctionnaires, les courtisans étaient accourus à l'Elysée. Les officiers revenus avec Napoléon furent interrogés, pressés de questions par cette foule anxieuse. L'esprit encore frappé des horreurs de la déroute, ils en firent le tableau fidèle et jetèrent ainsi dans les âmes la terreur et le découragement. Impression funeste qui, des salons de l'Elysée, s'étendit rapidement au dehors. Quinze ans de servitude avaient détrempé bien des caractères, détruit chez un grand nombre ces vertus qui font le salut de la patrie dans les plus grandes crises : l'audace et la persévérance.

Vers dix heures, le conseil des ministres se réunit enfin. Napoléon lui fit, d'abord, donner lecture du bulletin de Waterloo, puis il dit :

« L'armée a éprouvé sans doute des pertes considérables en personnel et en matériel. Mais on peut les réparer promptement. Vingt-cinq mille hommes au plus ont été tués, blessés, faits prisonniers. Quelques milliers seulement se seront dispersés dans l'intérieur; et ils rallieront bientôt leurs drapeaux, de gré ou de force. On doit compter sur le retour de Grouchy avec vingt-huit ou trente mille hommes. En cinq ou six jours, on aura donc sur Laon soixante-cinq mille hommes au moins ; effectif qui, au 1er juillet, sera porté à quatre-vingt-cinq ou quatre-vingt-dix raille, par six mille hommes immédiatement disponibles dans les dépôts de la garde, et quinze ou vingt mille des autres dépôts stationnés dans le rayon de Paris. Rapp, Lamarque, appelés de l'Alsace, de la Vendée, s'aidant de tous les moyens de transport qu'ils trouveront sur leur route, entreront en ligne avant le 10 juillet; et l'armée du Nord sera alors de cent trente mille hommes.

» Le matériel d'artillerie existant à la Fère et à Paris est plus que sufiisant pour remplacer celui qu'on vient de perdre. Les chevaux de trait nécessaires seront pris par réquisition. Le nombre n'en sera, d'ailleurs, pas considérable, la plupart des soldats du train s'étant sauvés avec leurs attelages.

» Les armées anglo-hollandaise et prussienne doivent être considérablement réduites. Elles ne pourront s'avancer sur l'Aisne sans laisser des corps d'observation devant les principales places de la frontière du Nord, et sans masquer celles de la Somme; Wellington et Blùcher, ne disposant, dès lors, que de soixante et dix ou quatre-uingt mille hommes, seront obligés de combiner leurs mouvements avec ceux des armées russe et autrichienne, qui n'arriveront, en force, sur la Marne, que vers le 20 juillet. On gagnera ainsi tout un mois. D'ici là, les fortifications de Paris seront achevées, munies d'une puissante artillerie; la garde nationale, les tirailleurs de cette ville seront augmentés; on appellera des gardes nationaux des départements voisins, les régiments de matelots des côtes de l'Océan et de la Manche. On aura ainsi plus de cent mille hommes de troupes non mobiles, mais capables d'assurer la défense de la capitale et laissant toute liberté d'action à l'armée de ligne.

» La combinaison des armées anglo-hollandaise et prussienne avec les autres armées de la coalition donnera lieu à des événements militaires tout à l'avantage de l'armée française, qui occupera une position centrale, et manœuvrera appuyée à Paris.

» Le maréchal Suchet, réuni au général Lecourbe, aura bientôt trente mille hommes de troupes de ligne devant Lyon, indépendamment de la garnison de cette ville, armée, approvisionnée, retranchée; et il tiendra en échec toute l'armée austro-sarde.

» La défense des places fortes est assurée.

» Le désastre de Waterloo peut donc se réparer; mais il

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