CHAPITRE SEIZIEME
rapport de ses commissaires sur le conseil tenu aux Tuileries pendant la nuit. On lui répondit qu'il n'était pas prêt ; et l'agitation, le tumulte allèrent croissant. On ne disait pas la vérité.
Bien avant que les chambres ouvrissent leur séance, Napoléon avait encore réuni à l'Elysée ses frères et ses ministres. Irrésolu, impuissant, incapable d'agir, il parlait et faisait parler, comme s'il eût cherché à dissimuler sa décadence sous l'appareil de continuelles délibérations. Mais, cette fois, ses conseillers furent unanimes à lui déclarer que le temps des tergiversations était passé; qu'il ne lui restait plus qu'un parti, l'abdication ; et que ce parti, il fallait le prendre sur-le-champ. Lucien Bonaparte, lui-même, refroidi par une plus juste connaissance de l'état de l'opinion publique dans Paris, convaincu de l'ascendant acquis aux représentants par leur décision de la veille, Lucien partagea cet avis et se montra aussi ardent à conseiller la résignation qu'il l'avait été jusque-là à pousser aux mesures violentes. L'abdication lui laissait la perspective d'une part de pouvoir, de l'opulence; la déchéance le rejetait dans les stériles et ridicules honneurs de sa principauté romaine.
Sous la pression de toutes ces instances, et malgré son orgueil, son égoïsme, Napoléon avait paru, un moment, disposé au sacrifice qu'on lui demandait. Regnauld s'était empressé d'aller en prévenir la commission de la chambre des représentants en la conjurant de différer la remise de son rapport, qui, s'il était réduit au récit exact des faits, ne pourrait manquer de provoquer une résolution subite et extrême. « Attendez quelques instants, avait dit Regnauld; et vous aurez à communiquer à la chambre une détermination qui la satisfera en évitant tout fâcheux éclat. » Suivant la pensée des adversaires de Napoléon, l'abdication valait mieux que la déchéance ; la commission avait donc accédé à la prière de Regnauld, et telle était la cause du retard qui irritait la chambre.
Mais Regnauld, dans le zèle de son entremise, s'était trop
avancé. En revenant près de Napoléon, il le trouva continuant à parler, à discuter, et reculant devant toute décision. 11 fallut de longs efforts et , surtout , les renseignements alarmants apportés du palais Bourbon par des familiers, l'assurance que la lecture du rapport de la commission serait suivie immédiatement d'un décret de déchéance, d'arrestation même, pour obtenir, comme la veille, une concession. Mais, comme la veille, la concession fut incomplète. Napoléon consentit à ce que la commission présentât comme une des résolutions prises, aux Tuileries, la nuit précédente, et acceptées par lui, l'envoi de plénipotentiaires qui seraient nommés par les chambres et chargés de négocier directement avec les puissances coalisées. On le suppliait d'ajouter à cela la promesse d'abdiquer, dès qu'il serait constaté qu'il était le seul obstacle à la paix. Il s'y refusa obstinément, croyant avoir assez fait pour modérer la fougue de ses adversaires, pour gagner un nouveau sursis. Son aveuglement égalait sa faiblesse.
Regnauld retourna en toute hâte au palais Bourbon, porter à la commission cet assentiment à la modification de son rapport ; et il l'invita à attendre encore, persuadé, disait-il, qu'on obtiendrait bientôt de l'empereur la promesse refusée.
Mais une plus longue attente n'était pas possible. Réunis depuis plus de deux heures, les représentants étaient exaspérés. La commission dut obéir, enfin, à leurs appels répétés. Elle se rendit à la chambre; et tout de suite, son rapporteur monta à la tribune.
Le rapport était extrêmement bref. La commission disait que, dans le conseil tenu aux Tuileries, deux résolutions avaient été prises ; et elle les soumettait à la chambre.
La première était la concession même qui venait d'être si péniblement arrachée à Napoléon; elle était donnée comme adoptée par seize voix contre cinq. La seconde portait que les ministres « proposeraient à l'assemblée les mesures propres à fournir des hommes, des chevaux, de l'argent, ainsi qu'à con-