‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 207 sur 261 · CHAPITRE SEIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIEME

tenir et réprimer les ennemis de l'intérieur. » Ces mesures, les ministres étaient prêts à les présenter ; et la commission insistait sur l'urgence de les discuter, de les adopter.

La commission était bien convaincue de l'insuffisance de la première de ces résolutions; mais elle chercha encore à éviter une mesure extrême, comptant sur les instances qui se continuaient près de Napoléon. Elle fit ajouter par son rapporteur, cessant ici, pourtant, de parler en cette qualité, qu'il avait des raisons de croire que la chambre recevrait bientôt un message où l'empereur se déclarerait prêt au sacrifice qui lui serait demandé, s'il était un obstacle invincible à ce que la nation fût admise à traiter de son indépendance.

Même avec cette espérance jetée en forme de correctif, le rapport ne modéra ni les impatiences, ni les colères. Il fut accueilli d'un de ces inexprimables tumultes, péril des assemblées délibérantes, dans les moments de crise.

Plusieurs orateurs prirent successivement la parole sans parvenir à fixer l'attention. L'esprit violemment tendu vers son but, voyant un calcul dans les demi-concessions, les hésitations de son adversaire, la chambre craignait quelque embûche, une perfidie violente renouvelée de brumaire. Les bruits les plus inquiétants arrivaient incessamment du dehors : on réunissait des troupes pour les jeter sur elle; on tentait d'agiter, d'égarer les faubourgs; à l'Elysée, on préparait des décrets de proscription et de mort. Les bataillons de gardes nationales réunis spontanément depuis la veille autour de l'assemblée ne paraissaient pas une suffisante sauvegarde contre le dévouement brutal que l'on supposait aux troupes de ligne.

Dans les groupes formés de tous les côtés, on s'excitait à proposer la déchéance, mais nul ne la proposait. Le temps s'écoulait; et on n'agissait pas.

Enfin, un orateur réussit à dominer ce trouble bruyant; il allait conclure par la motion où s'exprimerait la volonté générale, quand il fut interrompu par le président, annonçant qu'on

lui assurait « qu'avant trois heures, la chambre recevrait un message de l'empereur qui pourrait remplir ses vœux. »

Cette assurance venait, en effet, d'être communiquée de vive voix au président par Regnauld, l'infatigable courrier des hésitations, des défaillances impériales.

Mais elle était trop vague et le délai trop long au gré des passions et des craintes de l'assemblée.

« Comment, avant trois heures ! s'écrie un membre. Pourquoi si tard? Il esta peine une heure. — On veut gagner du temps ! ajoutent plusieurs voix. » Des cris d'impatience, d'irritation, de colère se font entendre de tous côtés ; et le tumulte recommence. Le représentant que venait d'interrompre le président saisit cependant un moment de demi-silence, et, voilant, en partie, sa pensée première, il propose à la chambre « d'engager l'empereur, au nom du salut de l'État, au nom sacré de la patrie, à déclarer son abdication. »

En fait, la motion était une sommation assez impérieuse. Applaudie, appuyée de toutes parts, le président allait être obligé de la mettre aux voix ; elle allait être votée, au moment où un général intervint, et demanda qu'on attendît une heure. « Une heure ; soit ! s'écria la Fayette poussé à bout ; une heure, mais pas davantage ! dans une heure, si nous n'avons pas l'abdication, je proposerai la déchéance. » Et il montrait de la main le cadran de l'horloge placé au fond de la salle.

La chambre accorda le délai réclamé, et suspendit la séance.

Témoin effrayé de cette scène, présage certain, maintenant, du renversement de son maître , Regnauld courut la lui rapporter.

Toujours indécis, toujours en proie à la double fièvre de l'ambition et du désespoir, la voix altérée, les traits bouleversés, se promenant à grands pas autour de la table du conseil, Napoléon se disait prêt, un moment, à se rendre aux instances, aux prières de ses ministres, de ses frères; et, tout

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