‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 208 sur 261 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

aussitôt, il reprenait ses paroles, parlait de sa puissance, de la faiblesse des chambres, s'indignait de ne plus entendre que lâches conseils, de ne voir autour de lui que défections et découragements ; puis il tombait dans un silence entrecoupé de mots confus, d'exclamations injurieuses pour ses adversaires.

C'était le moribond rebelle à la mort qui l'étreint, et épuisant ses dernières forces en luttes vaines, en imprécations stériles contre l'arrêt de la nature; ou plutôt, le César romain réfugié dans quelque réduit de son palais, entendant déjà les pas des conjurés acharnés à sa perte et repoussant encore le glaive du suicide que lui présente l'affranchi resté fidèle.

Napoléon avait trouvé une apparence de calme pour écouter Regnauld ; mais, à la nouvelle de cette décision de la chambre, qui était presque un arrêt, il ne put contenir l'explosion de ses colères. « Quoi! de la violence! s'écria-t-il. Eh bien, je n'abdiquerai pas. La chambre est composée de jacobins, d'ambitieux qui veulent le trouble pour y pêcher des places. J'aurais dû les dénoncera la nation, les chasser; mais le temps perdu peut se réparer... » A ses yeux était jacobin quiconque n'aimait pas le despotisme, ambitieux celui qui se refusait à porter la livrée impériale. Des jacobins restés fidèles à leurs principes, il est très-douteux qu'il s'en trouvât sur les bancs de la chambre; mais, s'il y en avait quelques-uns, on allait voir que leur influence était loin d'être dominante. En même temps qu'ils renversaient un trône, les jacobins savaient comprimer l'ennemi intérieur et repousser l'invasion.

Nul, dans le conseil, ne crut à la menace proférée contre la chambre; mais, en revanche, tous restèrent convaincus qu'il fallait obéir à sa sommation, profiter du dernier répit qu'elle accordait; et les prières, les instances redoublèrent. Lucien était le plus pressant. « Vous avez laissé passer le moment de sauver votre couronne, disait-il à son frère; hâtezvous de saisir la chance qui vous reste, de la transmettre à votre tils. »

Lucien connaissait la déconsidération attachée à Joseph, son aîné, surtout depuis la fuite du 30 mars; il rêvait la régence, a-t-on dit.

Ces efforts, cette unanimité de ses conseillers, ne parvenaient pas à tirer Napoléon de ses irrésolutions. Comme à Waterloo, il comptait, sans doute encore, sur quelque hasard heureux pour dénouer sa situation. Bientôt, plusieurs représentants, celui-là même qui avait détourné pour un temps si limité le coup qu'allait frapper la chambre, pénétrèrent dans le conseil comme dans une citadelle démantelée; et, confirmant» aggravant même, s'il était possible, le récit de Regnauld, sur la résolution, l'exaspération de la chambre, ils conjurèrent à leur tour Napoléon, dans son propre intérêt, de ne pas différer d'un instant de plus un sacrifice désiré d'abord, demandé ensuite, exigé maintenant et inévitable.

Mais, pour arracher cet acte qui allait clore pour Napoléon, mais non malheureusement par la France, la funeste aventure du 20 mars, il fallait plus que toutes ces sollicitations. Le court délai fixé par la chambre approchait du terme. Le président dépêcha à l'Elysée le commandant militaire du palais législatif, avec mission d'inviter l'empereur à envoyer sur-lechamp son abdication, et de lui dire « que la chambre ne voulait plus attendre et menaçait de prononcer sa mise hors la loi. »

Sur cet avis textuellement rapporté, toute hésitation cessa enfin. Napoléon se soumit ; et, s'adressant à Fouché avec un sourire amer; « Écrivez, dit-il, écrivez à ces messieurs de se tenir tranquilles; ils vont être satisfaits. »

Puis, tirant Lucien à part, il lui dicta cette abdication, reculée jusqu'à la dernière minute, à travers tant de refus, de promesses, de défaillances, de colères et de désespoirs.

Elle fut concise.

Après avoir reconnu qu'il ne pouvait pas compter sur la réunion de tous les efforts, de toutes les volontés, sur le con-

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