CHAPITRE SEIZIEME. m
cours de toutes les autorités nationales, Napoléon déclarait sa vie politique terminée, et il ajoutait : « Je proclame mon fils, sous le titre de Napoléon II, empereur des Français. Les ministres actuels formeront le conseil de gouvernement. L'intérêt que je porte à mon fils m'engage à inviter les chambres à organiser sans délai la régence par une loi. » C'était la répétition des réserves essayées à Fontainebleau , quinze mois auparavant.
En échange de cette déclaration , qni fut portée par les ministres, chacune des deux chambres envoya près de celui qu'elle avait forcé de descendre du trône sous la menace de l'en précipiter, une députation chargée de lui exprimer, « au nom de la nation, la gratitude et le respect avec lesquels elle acceptait le noble sacrifice qu'il faisait à l'indépendance et au bonheur du peuple français. » Mais ce fut tout.
La reconnaissance de la proclamation du fils de Napoléon fut en partie éludée par le parlement, malgré quelques tentatives à la tribune des représentants, malgré des efforts violents et réitérés à celle des pairs. Le pouvoir exécutif fut remis immédiatement à une commission composée de deux pairs et de trois représentants élus respectivement par les deux chambres.
C'était un véritable gouvernement provisoire, au lieu d'un conseil de régence; et, pour mieux l'indiquer, cette commission allait promulguer ses actes et ordonner de rendre la justice au nom du peuple français.
L'Empire était fini.
Comme à Fontainebleau, Napoléon tombait dans l'abandon : en un instant, son palais était devenu désert. Déconsidéré par la défaite, malade, abattu, accablé sous le poids des fautes accumulées de tout un règne, démoralisé autant qu'homme le fut jamais, il ne pouvait plus inspirer aucune crainte.
La chambre des représentants, car celle des pairs n'avait été et ne devait être que son humble satellite, la chambre des re-
m WATERLOO.
présentants avait pris le souverain pouvoir, une réelle dictature. C'était bien ; mais ce n'était pas assez.
La situation du pays se trouvait débarrassée d'un élément qui la troublait, mais elle n'en restait pas moins excessivement périlleuse.
On venait d'user deux jours à lutter contre la volonté défaillante d'un homme qu'un décret d'une phrase aurait abattu dès la première heure. Pendant cette lutte, rien n'avait été fait, ni par l'empereur ni par ses adversaires, pour réparer nos désastres; et les armées étrangères avaient dû se hâter de marcher en avant pour les aggraver. A cet égard, le doute n'était pas possible.
Napoléon laissait une armée vaincue, dispersée, suspectant le patriotisme, la capacité de plusieurs de ses généraux ; la levée des anciens soldats, celle des gardes nationales mobiles très-incomplètes ; celle des conscrits de 1815 à peine commencée; les fortifications de Paris inachevées; les tirailleurs de la garde nationale peu nombreux et presque désarmés ; les fédérés absolument sans armes; le trésor vide ; le pays divisé ; une foule de bons citoyens déconcertés par une politique sans franchise, ébranlés parla défaite, égarés parles manifestes de la coalition.
11 fallait donc, maintenant et sur l'heure, presser le ralliement, la concentration de l'armée; punir avec la dernière rigueur tout soldat, tout officier qui s'écarterait du drapeau; épurer les états-majors; appeler sans délai à l'armée principale Lecourbe, Clausel, Lamarque, d'autres encore signalés par leurs talents; élever promptement dans la hiérarchie les militaires de dévouement, d'énergie, de capacité reconnus; activer les levées d'hommes, jeter les travailleurs par milliers aux retranchements de la capitale, désarmer les gardes nationaux de fidélité douteuse, impropres à un service de guerre; doubler, tripler les tirailleurs de la garde nationale parisienne, les armer; organiser militairement, armer aussi les fédérés, dé-