CHAPITRE SEIZIEME
créter la levée en masse de la nation et toutes les réquisitions nécessaires.
Il fallait déclarer la guerre nationale, proclamer la ferme résolution de la poursuivre à outrance, de la soutenir par tous les sacrifices, jusqu'à la dernière extrémité; promettre à la France que, la paix venue, elle serait appelée à choisir son gouvernement; faire cesser une équivoque commode aux timides et aux traîtres, en notifiant à l'ennemi l'abdication de Napoléon, la déchéance de sa famille, en le sommant d'arrêter sa marche, et, sur son refus, montrer à tous le but véritable des coalisés : la restauration des Bourbons et peut-être le démembrement de la patrie.
Il fallait par tous moyens exalter les braves, encourager les timides, entraîner les incertains, comprimer les mauvais, embraser la nation du feu du patriotisme, allumer dans les cœurs la haine de l'ennemi.
Il fallait, en un mot, une extrême activité, une extrême énergie, beaucoup d'audace, une persévérance inébranlable. A ce prix, la France, si on l'eût débarrassée de Napoléon un mois plus tôt, aurait immanquablement été sauvée. A présent, pressé, comme on l'était, par les conséquences des fautes commises, par celles du désastre, on ne pouvait conserver qu'une espérance très-problématique de salut. Mais il restait possible : cela devait suffire pour inspirer aux chambres la volonté, pour leur imposer le devoir de tout entreprendre afin d'y atteindre.
Si elles hésitaient, délibéraient au lieu d'agir, ou ne prenaient que des demi-mesures ; si elles se fiaient aux manifestes de la coalition, parlaient de paix, au lieu d'organiser une guerre implacable; si elles reculaient devant le soulèvement de la nation , la perte du pays, si avancée par l'empereur, devait être consommée sous peu de jours; elles mériteraient le mépris de l'histoire, l'exécration de la France.
Au moment même où le pouvoir exécutif allait tomber dans
leurs mains, pendant que Napoléon dictait son abdication à Lucien, elles avaient reçu des nouvelles faites pour leur inspirer conûance, pour les déterminer à de nobles résolutions. Ces nouvelles, Davoust les avait portées aux représentants, Carnot aux pairs :
G roucliy touchait à la frontière, ramenant, sans grandes pertes, les corps sous ses ordres; vingt mille hommes étaient réunis devant Avesnes, quelques milliers devant Philippeville. On avait donc près de soixante mille hommes qui allaient se concentrer, qui manœuvreraient, retarderaient l'approche de Blùcher et de Wellington.
Tout cela était vrai.