CHAPITRE DIX-HUITIEME. ISS
et le pouvoir exécutif et le parlement, pour leur substituer un gouvernement résolu à imiter les grands exemples des Portugais, des Espagnols, des Russes, des Allemands, l'héroïsme déployé par la France vingt ans auparavant.
Fouché et Davoust devaient compter avec cette terrible éventualité. Le moindre incident, la désobéissance d'un général, l'initiative de quelques citoyens pouvaient la réaliser. Ils ne s'y trompaient pas. L'un était instruit par sa police de la fermentation populaire. L'autre constatait, par lui-même, à son quartier général de la Villette, le mécontentement, l'exaspération des troupes et de plusieurs généraux. Il en conclut qu'il ne fallait pas laisser à l'armée et à la population le temps de se concerter; qu'il fallait tout précipiter vers le dénoûment.
Dans la nuit du 29 au 50, il écrivit officiellement à Fouché. Il lui disait : « Il n'y a pas un instant à perdre...; nous devons proclamer Louis XVIII, le prier de faire son entrée dans la capitale sans les troupes étrangères... Il n'y a pas d'autres moyens de sauver la patrie. »
Peu d'heures après, il reçut pour réponse une sorte de paraphrase de sa lettre, terminée par l'autorisation « d'envoyer aux avant-postes ennemis et de conclure un armistice en faisant tous les sacrifices compatibles avec le devoir et la dignité. »
Le devoir et la dignité, entendus comme pouvaient l'entendre Fouché et Davoust, n'imposaient à ce dernier aucune limite. Fouché, ainsi qu'il le disait dans sa lettre, avait pris sur lui de donner ces pouvoirs au maréchal. Il jugea prudent de compromettre, à sa suite, ses collègues du pouvoir exécutif. Responsabilité partagée est toujours moins dangereuse. Mais, pour la première fois, il rencontra une demi-résistance; et, après une discussion assez vive, il fut obligé d'expédier à Davoust l'ordre de ne traiter que d'un armistice purement militaire.
Un armistice de cette sorte avait déjà été refusé aux plénipotentiaires envoyés à Laon et courant, à présent, à la recherche
m WATERLOO.
des souverains coalisés. Les autres négociateurs n'avaient pas été plus heureux, sans doute; car ils étaient partis depuis trois jours et n'avaient pas même encore donné de leurs nouvelles.
Là où l'on avait échoué déjà, Davoust ne pouvait pas réussir.
Il parait, cependant, qu'une dépêche reçue pendant la délibération, et transmise aussitôt à ce maréchal, avait fait concevoir une espérance contraire. Suchet mandait de Chambéry, par le télégraphe, qu'il venait de conclure un armistice de trois jours avec le général en chef autrichien Frimont. Mais le destin de la guerre n'était pas en avant de Lyon, il était à Paris. La conduite de Frimont ne pouvait donc pas faire présager celle de Wellington et de Blùcher. Cela était certes bien évident.
Davoust adressa, néanmoins, au général anglais et au général prussien une demande pressante d'armistice, s'autorisant de ce qui venait de se passer du côté de Lyon, leur disant « qu'ils ne pouvaient pas avoir d'autres instructions de leurs gouvernements que celles que le général autrichien tenait du sien. »
II était sincère alors, a-t-on dit, dans son désir d'éviter à la capitale de la France l'humiliation d'une seconde occupation par les armées étrangères. Cela est possible, quoique bien étrange. Mais, s'il fut sincère, il fut bien aveugle.
11 avait tout fait pour diminuer les forces de la défense, pour l'annuler, se persuadant ou se laissant persuader par Fouché que le pouvoir exécutif, les chambres et la population parisienne, une fois placés en face d'une résistance impossible, acclameraient les Bourbons; et qu'aussitôt les généraux ennemis s'arrêteraient dans leur marche. Mais, cet appel ne se faisant pas, à cause delà répugnance des uns, de la timidité des autres devant l'attitude de la masse populaire et de l'armée, ce qu'un homme doué de la moindre perspicacité aurait dû pré-