CHAPITRE DEUXIEME
la plus faible, fut destinée à tenir la campagne, l'autre à former les garnisons des places fortes.
La première, composée exclusivement de gardes nationales, donna une division de trois mille hommes, qui fut postée à Sainte-Menehould, à l'entrée de la forêt d'Argonne; une division de cinq mille, sur la Moselle ; une division de trois mille, au corps de Rapp; une division de trois mille encore, sur le haut Rhin; deux divisions de dix mille ensemble, au corps de Lecourbe; trois divisions de douze mille, au corps de Suchet; une division de quatre mille, à celui de Decaen ; une de trois mille, à celui de Clause! (1); deux de six mille, à l'armée delà Vendée.Soit, en tout, quarante-neuf mille hommes qui étaient en ligne, vers le 1 5 juin.
Il y avait là un renfort bien précieux pour l'armée de ligne; mais, malheureusement, il n'avait pas la valeur qu'il aurait pu avoir. Un très-grand nombre de ces gardes nationaux si tardivement levés n'étaient ni habillés ni équipés, même parmi ceux des départements de l'Est. Plusieurs milliers n'avaient pas même de fusils. Les commandants de corps d'armée réclamaient en vain contre cet état de choses. Suchet, entre autres, expédiait lettres sur lettres sans rien obtenir. « J'ai, à Aix, deux mille gardes nationaux, écrivait-il le 11 et le 18 juin au ministre de la guerre, qui n'ont ni gibernes, ni sacs, ni habillement... Je ne puis espérer de faire habiller promptement les gardes nationales qu'autant que Votre Excellence formera un atelier, à Lyon, de huit à dix mille habillements... Compter sur les préfets, c'est se faire illusion. »
Un autre jour Suchet ajoutait : « L'enthousiasme d'une partie des gardes nationaux ne peut pas tenir contre l'état de nudité dans lequel on les laisse. Déjà on leur fait craindre qu'ils ne soient pas traités en soldats, s'ils tombent au
(1) L'artillerie des divisions de garde nationale attachées aux corps de Rapp, de Lecourbe, de Suchet, elc, est comprise dans les situations que nous avons données de ces corps.
pouvoir de l'ennemi, dans leurs habits de paysans. Ainsi, nous ne pourrons conserver quelques bataillons qu'autant que, d'après vos ordres, un atelier d'habillement sera établi à Lyon. » Et, s' adressant directement à l'empereur, il lui disait, le 41 juin : « L'état déplorable des gardes nationales, auxquelles, pour la plupart, il n'a été rien fourni absolument, accroît la désertion journalière, malgré les efforts qu'on l'ait pour l'arrêter. »
Les plaintes de Suchet avaient d'autres objets encore : « il lui manquait six cents chevaux pour compléter ses attelages d'artillerie, il n'avait pas un mulet, bien qu'il fût chargé d'une guerre de montagnes; le commandant de l'artillerie, celui du génie, l'ordonnateur en chef lui-même n'avaient pas un sou à leur disposition, etc. »
Rapp, Lecourbe se plaignaient non moins vivement, et n'étaient pas mieux écoutés. Des rapports de leurs chefs d'étatmajor prouvent qu'au 10, au 20 juin, ils n'avaient pas encore de vivres de campagne à distribuer à leurs troupes; que pas un marché de fourrages n'existait pour les chevaux attachés à leurs corps. Hommes et chevaux vivaient au jour le jour.
La seconde partie de l'armée extraordinaire comprenait le reste des gardes nationales mobilisées, les militaires venus de la retraite, de la réforme, les anciens matelots.
Ces gardes nationales fournirent cinquante- deux mille hommes aux places du Nord et de la Meuse ; dix-huit mille à celles de la Moselle ; pareil nombre à celles de l'Alsace; onze mille à celles du Jura; quatre mille à celles des Alpes. Soit, en tout, cent trois mille hommes dont une grande partie n'était pas habillée, dont plusieurs milliers n'avaient encore reçu, au 15 juin, ni un fusil, ni une giberne (1).
Vingt mille anciens matelots eurent la garde des places du
(i) Tous ces chiffres sont pris dans le rapport ministériel du 22 juin déjà cilé, et dans les situations des corps de Rapp, Lecourbe, etc.